Legendi tempus

Des livres, des livres et encore des livres...

28 juin 2009

W. D. WETHERELL, Un siècle de novembre (2004)


Un_si_cle_de_novembreDe jeunes recrues buvaient de la bière pour célébrer le miracle : contre toute attente, leur vie ne s’arrêterait pas à dix-huit ans.

C’est à l’automne 1918 que se termine la grande guerre, celle que l’on a appelée aussi la « guerre des tranchées » et qui causa des milliers de morts.

Alors qu’il vient à peine de perdre sa femme emportée par la grippe espagnole, Charles Maerden, un magistrat de Vancouver, reçoit une lettre officielle lui annonçant la disparition de son fils le caporal William C. Maerden au cours d’un assaut en Flandre. Il entreprend alors un périple de Vancouver à Halifax, puis la traversée de l’Atlantique jusqu’à Southampton et ensuite de Londres à Calais, puis, sur le continent, vers Amiens, Poperinge et enfin Ypres pour trouver l’endroit où son fils le caporal William C. Maerden, du régiment d’infanterie légère canadien de la Princesse Alexandra, est tombé. Il comprend rapidement qu’il n’est pas seul et qu’une jeune femme Elaine le précède sur les routes de la Somme et de la Flandre dévastées...

J’avais accepté la lecture et la critique de ce livre sans grand enthousiasme. La guerre ne me tentait pas. Je craignais le « pathos » dans lequel pouvait tomber un écrivain qui suit un père sur les pas des derniers instants de son fils.

Ce fut finalement une bien belle découverte : un récit dense, juste, toujours émouvant et souvent poignant, bien construit, des phrases chocs que l’on a envie de recopier pour mieux s’en souvenir, l’émotion, les très longues et très belles descriptions des paysages ravagés, les pèlerins qui convergent vers les premiers cimetières et la quête d’un père sur les traces de son fils mort-disparu.

C’est un livre fort ! C’est un livre porteur d’espoir malgré tout !

Je l’ai refermé bouleversée...

W.D. WETHERELL, Un siècle de novembre, Paris, Le livre de poche 31158, 2008.

D’autres critiques :

http://fabulabovarya.canalblog.com/archives/2009/06/22/14175546.html

http://aproposdelivres.canalblog.com/archives/2009/06/02/13927484.html

L’auteur : Walter D. Wetherell, né en 1948, est l’auteur de plusieurs romans : "Morning", "Chekhov’s Sister"et de nouvelles. "A Century of November" a été publié en 2004 aux Etats-Unis. Il a été unanimement salué par la critique et a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du Michigan.

Je remercie vivement BOB et Le Livre de Poche pour cette lecture.




Posté par 4nn3 à 22:02 - Littérature américaine - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

27 juin 2009

Henry BAUCHAU, La lumière Antigone (2009)

J’avais déjà lorgné sur ce petit livre et voilà qu’il m’est offert par Majanissa dans le cadre du swapomythes.  Majanissa avait remarqué ma passion pour Henry Bauchau, écrivain belge, né à Malines en 1913 qui s’est plongé dans une relecture des mythes en y mêlant psychanalyse et connaissances historiques et mythologiques (« Œdipe sur la route », « Diotime et les lions », « Antigone »).

« La lumière Antigone » est un long poème composé par Henry Bauchau pour l’opéra de Pierre Bartholomée représenté à Bruxelles au théâtre de la Monnaie en avril 2008.

Je vous laisse vous imprégner (p. 23)...

Œdipe en s’aveuglant

Est devenu aède, est devenu voyant

Ses fils se sont entretués

Antigone en assurant

Les funérailles du vaincu

Que devaient dévorer les bêtes

Ne s’est pas inclinée

Devant la loi des mâles

Ensevelie vivante, emmurée

Elle demeure victorieuse

Son image et sa parole

Ont traversé les millénaires




Henry BAUCHAU, La lumière Antigone, Arles, Actes sud, 2009.

Posté par 4nn3 à 22:06 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 juin 2009

Hermann HESSE, Demian (1919)

DemianVais-je oser dire que je n’ai pas trop aimé « Demian », œuvre d’Herman Hesse, prix Nobel de Littérature en 1946 ? L’admiratrice de « Siddhartha », de « Peter Camenzind » et surtout de « Narcisse et Goldmund » que je suis n’a pas hésité un instant quand elle a vu ce petit roman à la devanture d’une librairie mais n’est pas totalement séduite... 

C’est l’homme à la poursuite de lui-même qui est le thème de ce roman, l’homme qui doit trouver lui-même, au terme d’un long parcours initiatique, ce pour quoi il est fait dans la vie.

Deux mondes

Emile Sinclair est un jeune homme de bonne famille. Il a dix ans. Il vit dans le monde tendre, rassurant, clair et juste de la maison paternelle mais il pressent qu’il existe un « autre monde » complètement différent. Il vit dans cet autre monde l’expérience de la méchanceté (racket) et devient, par la suite, extrêmement froid, renfermé et ne prend plus part à la paisible existence familiale.


Caïn

Arrive au gymnase un jeune homme orphelin de père nommé Max Demian. Ce beau jeune homme charismatique délivre Sinclair de son tourmenteur. Sinclair retrouve la sécurité de l’enfant choyé, dépendant de ses parents.


Le larron

Sinclair grandissant prend conscience que le monde sombre, l’autre monde manifeste de nouveau sa présence. Des brèches apparaissent dans sa foi religieuse. Demian est toujours ce camarade de classe charismatique et fascinant. Leurs discussions portent sur la religion, la métaphysique avec un long passage consacré notamment au Golgotha, récit biblique des souffrances et de la mort de Jésus.


Béatrice

Les deux amis Demain et Sinclair sont séparés par les vacances. Puis Sinclair est placé en pension. Il découvre la boisson et l’ivresse ; sa vie s’écoule en orgies destructrices. Il se montre empli de cynisme mais au fond de lui-même s’agite une âme angoissée et désolée. Il rencontre une élégante jeune femme qui occupe un moment ses pensées mais doit bien constater que quand il cherche à reproduire ses traits par le dessin, c’est l’image de Demian qui apparaît...


L’oiseau cherche à se dégager de l’œuf

« L’oiseau cherche à se dégager de l’œuf. L’œuf est le monde. Celui qui veut naître doit détruire un monde. L’oiseau prend son vol vers Dieu. Ce dieu se nomme Abraxas. » C’est la réponse de Demian à Sinclair à la réception d’un dessin d’oiseau de proie au bec acéré, émergeant d’une sphère terrestre qu’il lui a fait parvenir. Demian fait la connaissance du musicien Pistorius qui lui apprend ce qu’il sait d’Abraxas.


Le combat de Jacob

Sinclair fait un grand pas sur le chemin de  lui-même. Pistorius et lui se retrouvent à l’église où Pistorius est organiste. Les paroles de l’organiste touchent Sinclair car elles sont en harmonie avec ce que Demian lui disait jadis. Il rencontre un camarade Knauer, ardent défenseur de la chasteté dans la spiritualité, qu’il sauve du suicide et qui disparaît di chemin de Sinclair sans que ce dernier l’aie regretté. Ses relations avec Pistorius changent également et Sinclair n’a plus de guide.


Eve

Au cours des vacances suivantes, Sinclair cherche à revoir son ami. Alors qu’il mène son enquête pour retrouver Demian et sa mère qui ont déménagé, une de leurs anciennes voisines montre à Emile Sinclair la photographie d’Eve, la mère de Demian en qui Sinclair reconnaît le visage de ses rêves. Mais voilà que le hasard d’une rencontre remet les deux amis sur la route l’un de l’autre, que Demian reconnaît son ami perdu de vue car il est porteur du signe et que Sinclair rencontre Eve.

Mon amour pour Eve remplissait toute ma vie présente. Mais, à chaque jour, il prenait une forme différente. Parfois, je croyais sentir très nettement que ce n’était pas par sa personne que j’étais attiré, mais qu’elle n’était qu’un symbole de mon être intérieur et qu’elle ne voulait que me guider jusqu’aux profondeurs les plus secrètes de moi-même. Souvent, ses paroles me semblaient être des réponses de mon inconscient à des questions brûlantes qui me tourmentaient. Et puis, il était des moments où, à ses côtés, j’embrassais les objets qu’elle avait touchés. Et, peu à peu, l’amour sensuel et l’amour idéal, la réalité et le symbole se fondirent. Alors il m’arrivait, lorsque j’étais dans ma chambre et pensais à elle, avec une tendresse paisible, de croire sentir avec certitude sa main dans la mienne et ses lèvres sur les miennes. Ou bien, j’étais à ses côtés, je la regardais, je lui parlais, j’entendais sa voix et ne savais plus si elle était réelle ou bien si elle n’était qu’un rêve. Je commençai à pressentir qu’il est des amours qui sont durables, immortelles. Lorsque je lisais un livre qui m’avait enrichi, j’avais la même impression que si Eve m’eut donné un baiser et, quand elle caressait mes cheveux et me souriait, et que la chaleur et le parfum de sa présence me pénétraient, j’éprouvais le sentiment d’avoir accompli un progrès intérieur. Tout ce qui était important pour moi, tout ce que je sentais comme appartenant à ma destinée pouvait prendre sa forme. Elle pouvait se transformer en chacune de mes pensées et chacune de mes pensées, prendre ses traits. (p. 250-251)


Le commencement de la fin

Sinclair passe l’été chez Demian et sa mère. Eve et lui sont souvent seuls. Il est profondément heureux mais parfois, au milieu de ce bonheur, l’envahit un sentiment de tristesse profonde en pensant que ce bonheur ne peut pas durer.

La première guerre mondiale éclate bientôt. Demian rejoint le front, suivi quelques mois plus tard de Sinclair. Malgré les sensations nouvelles qu’il vit, tout le déçoit. Blessé, il lui semble que Sinclair est à ses côtés mais au matin il se réveille auprès d’un inconnu. Quand il descend au fond de lui-même, Sinclair ne voit que l’image de son ami et de son guide...

hesse4



J’ai pu lire que « Demian » est un roman de formation et l’un des chefs d’œuvre de ce genre littéraire. Si les premières pages m’ont enthousiasmée, c’est cependant avec quelque lassitude, agacée par les redites et les longueurs, que j’ai continué ma lecture avant que les derniers chapitres ne donnent au roman un nouveau souffle.

Nous sommes encore bien loin des chefs d’œuvre d’Hermann Hesse évoqués plus haut. Mais ce roman reste intéressant pour les thèmes de l’initiation et de la réalisation de soi qu’il développe et pour l’étude de l’œuvre du grand écrivain.


hesse2



Hermann HESSE, Demian, Paris, Stock, 2008, 277 p.

Posté par 4nn3 à 18:18 - Littérature allemande - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mai 2009

Erik ORSENNA, La grammaire est une chanson douce (2001)

La_grammaireAprès Alice au pays des merveilles, voici Jeanne au pays des mots…

Jeanne, dix ans, voyage beaucoup avec son frère aîné Thomas, quatorze ans. Leurs parents, divorcés, vivent chacun d'un côté de l'Atlantique. Un jour qu'ils se rendent en Amérique, Jeanne et Thomas sont pris dans une tempête et leur bateau fait naufrage. Seuls rescapés, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue. C'est alors qu'ils réalisent qu'ils sont devenus muets, privés de mots : ils ne peuvent plus parler ! Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils vont découvrir un territoire magique, où les mots sont des êtres vivants, où ils ont leur ville, leurs maisons, leur mairie et leur… hôpital !

Voilà une très belle fable sur les mots. De très remarquables passage sur La Fontaine et sur les catégories grammaticales. Et une source de réflexion pour le professeur que je suis. Comment enseigner la grammaire sans nuire au texte et à la pensée d’un auteur? Il y a d’ailleurs dans cet ouvrage un très joli clin d’œil aux professeurs chargés d’étudier le « glossaire »...


Merci à Toinette qui a parlé de ce livre dans son blog il y a déjà plus d'un an et m'avait donné l'envie de le lire !




Erik ORSENNA, La grammaire est une chanson douce (2001). Disponible en livre de poche 14910.


L'auteur : Erik Orsenna, de son vrai nom Erik Arnoult, est un romancier, un intellectuel, un académicien français, né à Paris en 1947. Il a reçu le Prix Goncourt en 1988 pour L'Exposition Coloniale.

Posté par 4nn3 à 11:28 - Littérature française - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 avril 2009

Jacqueline HARPMAN, En toute impunité (2005)

En_toute_impunit_Jacqueline Harpman est l’un de mes écrivains préférés. Au cours de mes différentes lectures, j’ai pu mettre en évidence des éléments récurrents dans son œuvre : l’amour pour le XIXe siècle, l’intérêt pour l’architecture, pour le développement psychologique des personnages, et pour Bruxelles. « En toute impunité » reprend plusieurs des préoccupations de l’auteur.

Il aurait pu aussi avoir pour titre « Le bonheur dans le crime », un précédent roman de Jacqueline Harpman (1993). Ce titre était alors inspiré, comme ici, par la nouvelle de Jules Barbey d’Aurevilly, tirée des Diaboliques dont Jacqueline Harpman est une fervente admiratrice et qui illustre que le crime peut contribuer au bonheur...

Ce précédent roman de Jacqueline Harpman ainsi que la nouvelle de Barbey d’Aurevilly sont d’ailleurs constamment présents et cités dans ce nouveau roman comme de fréquents clins d’yeux au lecteur fidèle ou à l’amoureux du XIXè siècle.

« Le bonheur dans le crime » n’était autre que la mise en vie d’une demeure située dans le Bois de la Cambre et réinventée d’après les plans de Pierre Puttemans tandis que dans « En toute impunité », la rencontre de notre architecte-narrateur et des Dames de a Diguière a lieu par hasard dans un lieu qui n’est pas cité (et qui est laissé à l’imagination du lecteur) suite à une panne de voiture au beau milieu de la nuit.

C’est ainsi que le narrateur va trouver refuge dans un domaine du XVIIIe siècle, proche de la route. Séduit par la beauté de la demeure et par la personnalité de ses propriétaires, il y reste quelques jours et se trouve mêlé à leur intimité. Ce qu’il va y découvrir va le troubler, le surprendre, l’épouvanter...

Le choix du titre « En toute impunité » se place du point de vue des adorables ( ?) propriétaires désargentées qui tentent de sauver leur domaine. J’avais personnellement en tête au cours de ma lecture les mots « En toute lucidité » qui expriment le point de vue de leur sauveur, Louis Fontanin, animé de tant de « bonnes intentions ».

Comme toujours chez Jacqueline Harpman, rien dans la psychologie des personnages n’est laissé au hasard et j’ai personnellement été profondément touchée par l’analyse de toutes ces bonnes intentions...

Dans ce temps délicieux, quand on raconte une histoire vraie, c’est à croire que le Diable a dicté... (J. Barbey d’Aurevilly)

Jacqueline HARPMAN, En toute impunité, Paris, 2005 (Le livre de poche 30646)

Posté par 4nn3 à 18:55 - Littérature belge - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mars 2009

Vincent ENGEL, Mon voisin, c'est quelqu'un (2002)

Mon_voisin__c_est_qqnOtto, aquariophile, est un homme qui n’aime pas se poser de question.

C’est pourquoi, quand il rencontre (par hasard ?) son voisin avocat, le puissant, riche et charismatique Jorg von Elpen (inversez les syllabes), il ne s’en posera pas...

Quand son impressionnant voisin le sollicitera pour une visite de travail au château, il continuera à ne pas s’en poser... Quand il emportera, par mégarde, une enveloppe qu’il ne pourra rendre à son voisin, il aura définitivement mis le pied dans un engrenage diabolique...

Mais comme Otto ne se pose pas de question. 

Evidemment il sait qu’il y a des choses dont il ne peut s’entretenir avec son amie et voisine, Katrin, qui lui reproche son manque de vision politique.

Au travers de ce roman, c’est tout le procès de l’extrême-droite auquel se livre Vincent Engel. Ce qui m’a frappé dans le personnage d’Otto, c’est sa capacité d’amnésie : amnésie du passé familial, double oubli de « l’enveloppe », amnésie dans sa « réclusion » finale au château. Cette succession d’amnésies, qui suggère qu’après on peut commencer une nouvelle vie, me paraît un thème particulièrement important. Elle est liée à la passion d’Otto  pour les poissons : « j’ai plongé la tête dans l’aquarium. Tout a été noyé, et j’ai refait surface ». Mais l’oubli ne peut être total : les images hantent les nuits d’Otto... Le refus inconscient de voir une réalité peut être le terreau de l’extrémisme.

Un auteur belge...

C’est en 2002 que Vincent Engel, écrivain et professeur de littérature à l’UCL, publie ce roman sous le pseudonyme de Baptiste Morgan. 

Je connaissais l’auteur de nom : pour ses « chroniques » et parce qu’une de mes collègues, professeur de français, le fait lire aux élèves que nous avons en commun. Passant dans une librairie, j’ai saisi ce livre au hasard qui fait bien les choses ! J’ai eu l’occasion de rediscuter de ma découverte avec ma collègue qui m’a vivement conseillé du même auteur : « Oubliez Adam Weinberger » et « Retour à Montechiarro ». Je vole vers la librairie la plus proche...

Vincent ENGEL, Mon voisin, c’est quelqu’un. Nature morte V, Bruxelles, Editions Luc Pire, 2009 (1ère édition Paris, Fayard, 2002)

Posté par 4nn3 à 10:57 - Littérature belge - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

27 février 2009

Stefan ZWEIG, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1927)

Vingt_quatreAu début du siècle, une petite pension sur la Riviera. Grand émoi chez les clients de l’établissement : la femme d’un des pensionnaires, Mme Henriette, est partie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée. Seul le narrateur prend la défense de cette « créature sans moralité ». Il ne trouvera comme alliée qu’une vieille dame anglaise très distinguée. C’est elle qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés en elle.

Mon deuxième « Zweig » (le premier était la biographie de Marie Stuart). Et un récit intense, haletant, rempli d’émotions et qui se lit d’une traite...

Remarquables sont les descriptions du visage et des mains du jeune joueur au Casino de Monte-Carlo !

Génial ! On y est, on vit, on vibre...

Excellent !

Stefan ZWEIG, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Paris, Le Livre de Poche 4340, 1992 (1929 : première traduction).

Posté par 4nn3 à 17:46 - Littérature allemande - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 février 2009

Luc FERRY, La Sagesse des mythes (2008)

Num_riser0024Dans « La Sagesse des mythes », Luc Ferry présente un à un les récits fondateurs de notre civilisation : la naissance des dieux et du monde, la naissance des dieux et celle des hommes (le mythe de l’âge d’or, Prométhée, Pandore), la sagesse d’Ulysse, l’Hybris (ou la démesure), les héros (Héraclès, Thésée, Persée, Jason), Œdipe et, enfin, la leçon de Dionysos et la spiritualité laïque.

Agréable lecture...

Mais...

Finalement, j’ose...

Luc Ferry est bien sûr un « personnage » mais ce n’est pas prétention ou vanité de ma part de dire que ce livre ne m’a rien appris...

Pour une fois, je suis mauvais public !
Mais à qui est-il destiné ce livre ? Aux filles de Luc Ferry ? L’auteur nous avoue que ce sont les histoires qu’il leur raconte (p. 46) et que le tutoiement au lecteur (qui personnellement me dérange un peu, d’autant plus qu’il n’est pas constant...) vient du fait qu’il doit penser à un interlocuteur précis pour écrire.

Mais ce livre est fort difficile d’accès pour des enfants !

S’adresse-t-il alors à un public cultivé qui souhaite se rafraîchir la mémoire ? Sans nul doute ! Mais certainement pas à un public averti qui voudrait se replonger dans les textes originaux : des citations sans références, pas de bibliographie. A peine quelques ouvrages sont-ils cités en guise de bibliographie: Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines, Paris, Seuil, 2002 ; Jacqueline de Romilly pour ses travaux sur la tragédie grecque ; Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie ; Timothy Gantz, Les mythes de la Grèce archaïque, Berlin, 2004  et... c’est tout...

Agréable lecture...

Et si...

Et si nous relisions Homère, Hésiode, Apollodore, Ovide et Jean-Pierre Vernant...

Tout simplement...

L’auteur :

Luc Ferry, né en 1951, est un philosophe français. Il fut, de 2002 à 2004, ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche (gouvernement Raffarin). Il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages.



Luc FERRY, La Sagesse des mythes. Apprendre à vivre, vol. 2, Paris, Plon, 2008, 408 p.

Posté par 4nn3 à 22:58 - Mythologie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

17 février 2009

COLETTE, Dialogues de bêtes

Liane_FolyOn ne présente plus Colette (1873-1954), l’amoureuse, l’amie des animaux. Ce sont ses très beaux « Dialogues de bêtes » (1904) que j’ai eu, grâce à Antoinette Fouque, l’occasion d’écouter. La lecture est agrémentée de morceaux musicaux doux et paisibles : Introduction et allegro pour harpe, avec accompagnement d’un quatuor à cordes, d’une flute, d’une clarinette, de Maurice Ravel. Modulant sa voix suivant qu’elle se fait Toby-Chien ou Kiki la Doucette, Liane Foly nous offre une interprétation remarquable. Elle nous dresse les portraits d’un chien Toby, goguenard et sympathique, bon caractère et d’une chatte Kiki, rusée et capricieuse.

Premier dialogue :

Un après-midi au soleil à évoquer leurs maîtres, Elle et Lui, leurs occupations préférées, leur amours. Le dialogue se termine avec l’espoir d’une promenade.

Deuxième dialogue :

Une très belle description de l’atmosphère étouffante d’une journée d’orage et de pluie. On y est ! On se croit comme Toby sous l’armoire occupé à regarder tomber les grêlons. Enfin l’orage s’apaise et Toby a envie de bondir dans le jardin mais reste auprès d’Elle.

Troisième dialogue :

Toby-chien évoque ses souvenirs de « travail » : six semaines passées au music-hall avec Elle.

Quatrième dialogue :

Dans un jardin à Auteuil, une tortue fait le tour du jardin.

Colette



Colette, Dialogues de bêtes, lus par Liane Foly, Des Femmes (La Bibliothèque des voix), 2008.



Merci à Babelio!

Posté par 4nn3 à 21:49 - Littérature française - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 janvier 2009

Ondine KHAYAT, Le Pays sans Adultes (2008)

Le_Pays_sans_AdultesSlimane a onze ans, un frère Maxence qui représente tout pour lui, une mère qui travaille comme femme de ménage dans un hôtel et un père qu’il a surnommé « le Démon » parce que, quand il est en colère, il cogne…

Maxence et Slimane sont deux de ces enfants à qui leur père a volé leur enfance. Maltraités physiquement et psychiquement, il parviennent longtemps à développer le don précieux de magnifier la vie et de la rendre plus belle. Mais à ce jeu, le Démon sera le plus fort… pour un temps !

J’ai vraiment pleuré avec Maxence et Slimane. Quand le démon a trouvé du travail dans son costume de dimanche, j’ai aussi espéré avec eux que tout pouvait encore s’arranger…

Mais, un jour, Maxence n’a plus supporté la violence du Démon et la soumission de sa mère. Il s’est envolé au Pays sans Adultes… Slimane a voulu le rejoindre… Il va devoir apprendre à avoir envie de vivre…

Il y a beaucoup de poésie sous la noirceur qui se dégage de ce roman… Quelle fraîcheur se dégage des paroles de ces deux enfants maltraités !

- Max, ça vient d'où, l'amour?

- Normalement, c'est fourni à la naissance.

- Tu veux dire, comme une graine qu'on a plantée ?

- En quelque sorte.

- Et l'amour, ça va où?

- Ça allume des étoiles dans le ciel.

- Est-ce que si quelqu'un mangeait des étoiles, ça lui mettrait de l'amour dans le cœur?

- Peut-être.

- Il faudrait qu'on en donne au Démon, alors.

- Lui, pour que ça marche, il faudrait dévaliser le ciel et lui donner à manger toutes les étoiles de la galaxie.

- L'ennui, c'est qu'il y en aurait plus pour les autres, après. (p. 105)

La tristesse qui se dégage de se livre m’a fait verser de vraies larmes, la lente remontée de Slimane après sa tentative de suicide m’a touchée. Mais ce roman ne sonne pas tout à fait juste. Car on voudrait que toutes les histoires de maman et d’enfants battus se terminent comme celle-ci ! On voudrait qu’à Paris il y ait de gentilles dames qui s’inquiètent d’un enfant seul ! On voudrait que les « bons » soient récompensés de leur bonté et que les « méchants » sont châtiés ou, comme ici, soignés et pris en charge ! On voudrait que tous les enfants atteints d’un cancer s’en sortent ! Je crains que cela ne se passe pas toujours ainsi dans la vraie vie !

Malgré le côté mièvre, le lecteur est satisfait en refermant son livre : il a passé un agréable moment et est rassuré sur l’avenir de Slimane !

Je remercie vivement les Editions Anne Carrière et Chez les filles de m’avoir permis de lire ce livre.


Chez_les_filles


L’auteur : Ondine Khayat est née en 1974, d’une mère française et d’un père libanais et arménien. « Le Pays sans Adultes » est son deuxième roman.


Ondine KHAYAT, Le Pays sans Adultes, Paris, Editions Anne Carrière, 2008, 335 p.




Posté par 4nn3 à 13:22 - Littérature française - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 janvier 2009

Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos (2008)

EntheosQuel bonheur d’avoir pu découvrir ce premier roman de la Québecoise Julie Gravel-Richard. Ce fut une merveilleuse rencontre qui a failli ne pas se produire ! Voici comment…

L’année dernière, en congé pour plusieurs mois, je surfais beaucoup et visitais de nombreux blogs lorsque le hasard m’a permis de lire les billets de « Soleil en tête », puis, au fil des jours, de dévier sur « Soleil d’encrier », le second blog de l’auteur. Habitée par la même passion du livre et des langues anciennes que Julie Gravel-Richard qui est professeur de civilisations anciennes au cégep, j’ai continué à suivre, avec intérêt, la genèse, la conclusion du contrat, le choix du titre, le travail de correction de son livre.

Puis vint août, la parution d’ « Enthéos » et le moment – enfin !- de pouvoir se procurer l’ouvrage. Impossible ! Les éditions du Septentrion ne livrent pas en Belgique. Mais c’était sans compter sur la gentillesse de ma fille et de Simon que je remercie encore de tout cœur, d’avoir fait en sorte que ce livre se trouve entre mes mains !

Sous un titre déjà évocateur pour celui qui connaît le grec, « Enthéos » (théo- représente l’idée de divinité), c’est-à-dire habité par le divin, enthousiasmé, il y a un récit sensible, intelligent et érudit.

L’histoire se passe au Québec. Un jeune et brillant étudiant, Thomas, un peu misanthrope, cherche sa voie. Suite à un drame personnel (la mort de son frère), il a perdu la foi, abandonne ses recherches en théologie pour le grec ancien. Mais cette nouvelle orientation, il la suit sans enthousiasme, pressé de se jeter dans les textes grecs et dans les études pour mieux fuir. Il est poursuivi toutes les nuits par des cauchemars où apparaît la Grande Courtisane, personnification de la Femme, sous les traits d’Elsa Fontaine, son professeur de grec.

C’est grâce à son directeur Normand Lamarche mais surtout à la lumineuse figure d’Elsa Fontaine, son professeur de grec, spécialiste d’Euripide (passion contre raison) que Thomas va retrouver un sens à sa vie et renaître.

Il ne faut pas en dire plus car Julie Gravel-Richard mène son récit sur le rythme de l’intrigue et les éléments sont dévoilés au fur et à mesure… Il est très probable que vous serez surpris !

Tout au long de ce roman, on suit bien entendu les vies de Thomas et Elsa Fontaine mais aussi leur recherche du bonheur, du moins d’un certain équilibre, ainsi que leur réflexion sur la mort. La mort est omniprésente dans ce roman, mort par suicide, mort par maladie ; ce thème ouvre tout naturellement sur un autre thème, celui du sens de la vie…

La religion, la mort, la vie, la passion, la raison,… Tous ces grands concepts qui mènent nos existences sont donc abordés. Le style est saccadé, haletant ; ces courtes phrases m’ont troublées mais épousent bien la pensée rapide et sensible des héros. Une écriture étonnante et légère pour un roman profond, une syntaxe impeccable et un vocabulaire choisi et précis.

Nous sommes tous un jour des « Thomas »…

Et ce livre m’a donné aussi l’envie de relire le fabuleux livre d’André Gide, « Les Nourritures terrestres ».

L’extrait

« Il lui a fallu quelques heures de relecture pour trouver, enfin, la phrase de Gide qui résume le mieux son état d'esprit du moment. « Si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.» Voilà comment il voudrait résumer sa vie. Un jour. L'orientation qu'il souhaite pour lui-même. Même si cela se fait dans la souffrance. Car brûler implique une souffrance. Et une perte aussi.

Ils sont tous silencieux. Méditant les mots de Thomas. Un peu gris, aussi. Chacun regardant le fond de son verre. Hésitant, maintenant, à briser ce silence impromptu.»




http://www.septentrion.qc.ca/septentrion/2008/07/julie_gravelrichard_presente_e.php

Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos, Sillery, Editions du Septentrion (coll. Hamac), 2008, 260 p.

Posté par 4nn3 à 17:48 - Littérature québecoise - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 décembre 2008

Emmanuelle LABORIT, Le Cri de la Mouette (1994)

Cri_de_la_MouetteC’est tout à fait par hasard que j’ai lu ce « Cri de la Mouette », paru en 1994 chez Robert Laffont. En effet, il faisait partie de la liste de livres imposés à mon fils par son professeur de français. Ce fut, pour moi, une véritable découverte du monde des sourds.

Emmanuelle Laborit  a composé un récit autobiographique, poignant témoignage de ses combats.

Elle naît en 1972, sourde profonde. Ses parents la surnomment la mouette à cause des cris qu’elle pousse. Durant son enfance, tout est pour elle « tiffiti », difficile : avec l’aide d’une orthophoniste, elle parvient à prononcer quelques mots audibles mais souffre de ne pas pouvoir communiquer avec son entourage. A sept ans, elle découvre la langue des signes et le monde s’ouvre à elle. Elle est rieuse et bavarde. Elle se révolte devant l’incompréhension des entendants pour les sourds, devant l’obligation, à l’école, d’oraliser, alors que la langue des signes est si riche et permet à tous, sourds ou non, de se comprendre. Son adolescence est particulièrement difficile mais elle parvient à réagir, passe son bac et fait du théâtre. Elle sera la première comédienne sourde à recevoir, en 1993, le Molière du théâtre pour son interprétation du rôle de Sarah dans « Les Enfants du silence ».

Ce très beau récit m’a permis d’entrer en contact avec un monde inconnu et de suivre pas à pas la vie, les progrès, les espoirs, les embûches et les chagrins de la jeune Emmanuelle Laborit. Le livre se lit d’une traite, avec passion, tant il est « fort » et porteur d’espoir.

Dans la vie, Emmanuelle Laborit est aussi la petite-fille du grand biologiste Henri Laborit (1914-1995) dont elle parle un peu dans son livre et dont les travaux sur le conditionnement sont à la base du film « Mon Oncle d’Amérique » d’Alain Resnais (1980). Depuis 2003, elle est à la tête de l’International Visual Theatre.





Emmanuelle LABORIT (avec la collaboration de Marie-Thérèse CUNY), Le Cri de la Mouette, Paris, Robert Laffont, 1994; Pocket 10033, 2007. 

Posté par 4nn3 à 21:12 - Récits autobiographiques - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 décembre 2008

Nathalie RHEIMS, Le Chemin des sortilèges (2008)

Le_Chemin_des_sortil_gesLe roman d’un deuil

Dans une petite ville de province, des années après leur séparation, « elle » retrouve Roland. Roland fut l’amant de sa mère, Roland fut psychiatre. Il s’est retiré voilà dix ans… Dans la chambre qu’elle occupera tout au long de ce retour dans le passé, il dépose chaque jour, un nouveau conte de fée. Cendrillon, Blanche-Neige, le petit Poucet, le petit Chaperon rouge, la petite Sirène, tous ces contes, correspondent au chemin qu’elle doit parcourir pour se trouver, pour devenir adulte, au travail à accomplir pour se libérer des sortilèges du passé (une origine non reconnue, une mère et un frère morts, …).

Une construction impeccable, une très belle écriture, un récit mené tout en mystères dans lequel on se sent plonger entièrement constituent les points forts de ce récit introspectif.

Malheureusement, le sentiment de « tourner en rond » s’installe rapidement, l’immobilisme de l’analyse devient pesante et s’accompagne de l’envie de quitter au plus vite cet univers oppressant.

Heureusement, la fin, éclairée par la petite fille aux allumettes, me réconcilie avec ma lecture : « Non, il faut vivre encore. Vous n’avez pas terminé… » (p. 177). Et dénoue les interrogations qui avaient surgi tout au long du récit.

L’auteur :

Nathalie Rheims, fille de l’académicien Maurice Rheims, est née à Paris en 1959. Le Chemin des sortilèges, publié aux éditions Léo Scheer est son dixième roman.


Je remercie Suzanne de Chez-les-filles.com et les éditions Léo Scheer pour cette lecture.

Chez_les_filles

Posté par 4nn3 à 05:43 - Littérature française - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2008

Guillaume MUSSO, Parce que je t'aime (2007)

  Parce_que_je_t_aime                                  

Un coup dans l’eau…

Parce que Musso est un auteur à la mode et qu’il faut lire, je me suis décidée à ouvrir un de ses romans. Facile à lire, rapide (100 pages en une heure, chez le coiffeur), j’étais déjà décidée à l’abandonner…

L’histoire de Layla, cette petite fille de 5 ans disparue dans un centre commercial de Los Angeles me paraissait se diluer dans le récit de la vie d’Evie, d’Alyson et de Connor… Un moment, le personnage du papa Mark m’avait touchée mais ne me retenait plus. Pffff ! C’est alors que ma fille est intervenue pour me conseiller de le lire jusqu’au bout. Même s’il fallait y penser et si on peut saluer l’imagination de l’auteur et son sens de l’intrigue, je vous avoue qu’en le refermant, ma première pensée a été : « C’est tordu !».

Je résume cette lecture en quelques mots : je lis, je referme et j’oublie !

L’auteur :

Guillaume Musso est un auteur français, né en 1974. Professeur d’économie et écrivain, il est l’auteur de romans psychologiques à suspense : « Skidamarink » (2001), « Et après… » (2004), « Sauve-moi » (2005), « Seras-tu là » (2006) et le dernier « Je reviens te chercher » (2008).

Posté par 4nn3 à 14:09 - Littérature française - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 novembre 2008

Un prix...?!

Merci, Sybilline, pour ce prix...

I_love_your_blog

http://sybilline.canalblog.com/archives/tags_etc___/index.html

 

Posté par 4nn3 à 14:39 - Divers - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 octobre 2008

Rawi HAGE, De Niro's Game (2008)

De_Niro_s_gameLes bombes pleuvaient et moi j’attendais Georges.

Mon regard aurait glissé sur ce livre si Violaine de « Chez les Filles » ne me l’avait proposé en lecture. Je lui adresse tous mes remerciements. Pourquoi donc n’aurais-je pas prêté attention à ce roman ? C’est qu’il évoque le Liban et la guerre, thèmes vers lesquels je ne me serais pas spontanément dirigée… Et pourtant, quel roman !

J’ai mis quelques chapitres à comprendre le titre. « De Niro’s Game » fait allusion à la scène du film « Voyage au bout de l’Enfer » dans laquelle Robert De Niro joue à la « roulette russe » avec un révolver…

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire comment Bassam et Georges, deux amis d’enfance, vont, dans Beyrouth bombardée, vivoter de petits boulots et de menus larcins, imaginer de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille dans l’espoir d’un avenir meilleur. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire, dans un style très sec, rythmé et martelé comme les bombes qui tombent sur le Liban, les descriptions de Rawi Hage, si fortes et si réalistes qu’on s’y croit !

Les rencontres, la peur, les résignations, les bombes, la drogue, les filles, les colères, les immeubles en ruine, les morts, … tout y est !

Bassam rêve de partir à l’étranger. Georges, de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne, finira par trahir son ami. Bassam, enfin à Paris, rencontre la belle-mère et la demi-sœur de Georges, il sera rattrapé par l’histoire de son pays. Mais il ne faut pas en dire plus, il ne faut pas dévoiler l’innommable. C’est un roman dur, un roman terrible, un roman inoubliable!  

L’auteur :

Rawi Hage, né à Beyrouth-Est en 1964, a survécu à neuf ans de guerre civile. Il a immigré au Canada en 1992. Il pratique avec succès l’écriture et les arts visuels. Son premier roman « Parfum de poussière » a obtenu de nombreuses récompenses.

Rawi HAGE, De Niro’s Game, traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot, Paris, Denoël & D’ailleurs, 2008.

Lire aussi :
http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/10/23/de-niro-s-game-de-rawi-hage_1110114_3260.html

Chez_les_filles

Posté par 4nn3 à 23:30 - Littérature québecoise - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 septembre 2008

Luigi PIRANDELLO, Le Voyage

Le_voyageFin XIXe siècle. Adriana Braggi, veuve depuis l’âge de vingt-deux ans, mère de deux garçons, est cloîtrée dans une grande maison austère d’un petit village italien. A la suite d’un malaise, son médecin l’invite à consulter à Palerme un spécialiste. Son beau-frère va faire le voyage avec elle.

Adriana était toujours restée enfermée dans sa maison. Ses années de mariage avaient été marquées par la méchanceté et la brutalité de son mari, et ses années de deuil n’ont jusqu’ici guère été plus gaies : ce voyage est un enchantement… Mais il est cruel de découvrir le monde si tard !

À Palerme, le médecin lui annonce qu’elle va mourir. Son beau-frère décide alors de lui faire poursuivre le voyage. Ils visitent Naples, Milan, Venise… et découvrent l’attachement qui les lie. L’imminence de la mort les libère et leur permet de vivre l’amour qu’ils ont toujours éprouvé l’un pour l’autre, mais que la rigueur morale qui leur était imposée les a toujours forcé à cacher.

C’est un très beau texte que les Editions des femmes ont confié à la voix calme, douce et enchanteresse de Marisa Berenson. Ce texte agrémenté d’airs d’opéra de Georges Friedrich Haendel, et la voix de l’actrice américaine nous touchent particulièrement : ils expriment toutes les émotions et les sentiments enfouis dans l’âme de l’héroïne. Elle qui se croyait vieille, recluse depuis son mariage, va découvrir, au seuil de la mort, des sentiments profonds et le véritable amour.

Luigi Pirandello est un écrivain italien, poète et dramaturge, né à Agrigente en 1867 et décédé à Rome en 1936. Il fut lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1934.

Luigi PIRANDELLO, Le Voyage, Lu par Marisa Berenson (La Bibliothèque des Voix), Paris, des femmes, 2008.


Merci à Babelio

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Posté par 4nn3 à 21:19 - Littérature italienne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Jean-Luc DOMENACH, La Chine m'inquiète

La_Chine_m_inqui_teLa Chine a été cet été au centre de l’actualité. Mais depuis quelques décennies, elle est au coin de la rue ! Elle est sur mon bureau depuis le début des vacances avec le dernier livre de Jean-Luc Domenach «  La Chine m’inquiète ».

Jean-Luc Domenach, directeur de recherches au CERI, a séjourné à Pékin de février 2002 à février 2007. De  ce séjour en Chine sont nés deux ouvrages « Comprendre la Chine aujourd’hui » (mars 2007) et le présent « La Chine m’inquiète ». Ces deux ouvrages font suite à une série d’autres qui concernent la Chine et l’Asie depuis 1976. C’est dire que non seulement l’auteur connaît son sujet mais peut inscrire ses réflexions dans une perspective historique et politique.

Mais pourquoi la Chine inquiète-t-elle ?

La Chine est sortie du communisme totalitaire mais non du communisme : Deng a sauvé le régime en concentrant ses efforts sur une croissance  concrète (près de 10% par an depuis 30 ans) et en libérant de nombreux prisonniers politiques puis en institutionnalisant le régime, en décentralisant l’économie, en démantelant les communes populaires et en autorisant l’émergence d’un secteur non étatique.

Les événements de Tian’an men en 1989 ont paru menacer cette sortie graduelle du communisme totalitaire mais Deng a réussi à en profiter pour accélérer les réformes économiques et l’ouverture sur le monde.

Cependant notre observateur remarque l’émergence d’une opinion publique réduite aux grandes métropoles urbaines et un changement également dans l’attitude du pouvoir, par exemple plus de respect de la part de certains dirigeants pour les petites gens. L’importance de la vie privée a augmenté, elle s’est libérée et les choix personnels se sont diversifiés. La société chinoise qui se caractérisait il y a une trentaine d’années par son apparente discipline est devenue une société beaucoup plus agitée où l’on travaille et où l’on consomme. On assiste également à une nouvelle lutte des classes, assez semblable (c’est paradoxal dans un régime politique qui se dit encore communiste) à celle qui avait accompagné la révolution industrielle de l’Europe du XIXe siècle.

La Chine s’intègre dans le monde. Sa politique d’ouverture a contribué à la croissance économique, à la stabilité du régime mais la faiblesse principale chinoise est intérieure et sa position avec les Etats-Unis fragile.

La croissance chinoise est donc remarquable ; elle a transformé non seulement la condition matérielle des Chinois mais aussi leur rapport avec le pouvoir. La Chine tente à présent, sachant qu’on la regarde, à donner une image convenable d’elle-même et à réduire ses « taches ».

Et pourtant, cette énorme croissance n’a pas réussi à faire sortir la Chine du sous développement et elle reste un pays pauvre. De plus, la croissance coute cher au pays : gaspillage d’énergie, pollution de l’environnement, urbanisation désordonnée, clientélisme, corruption, malversations, scandales,… L’auteur termine ce premier chapitre en mettant en évidence les quatre épées de Damoclès :

l’agriculture est la base et le maillon faible de l’économie chinoise,

le secteur industriel d’Etat est peu rentable et est maintenu artificiellement en vie,

le système boursier est en état de faillite virtuelle

et la conjoncture internationale fragilise l’économie chinoise (l’économie chinoise est dépendante des minerais, du pétrole et des excédents commerciaux sur les marchés occidentaux et américains).

Jean-Luc Domenach se livre ensuite à une analyse de l’économie chinoise.

En Occident, on pense habituellement que la croissance chinoise bénéficie de coûts très bas mais la Chine est mal dotée en ce qui concerne les matières premières, les salaires chinois augmentent rapidement et de plus en plus rapidement et la Chine va devenir un pays âgé avant d’être un pays développé (effet de la politique de contrôle des naissances adoptée depuis le début des années 1970). Une tâche est donc urgente et essentielle et représente un nouveau défi : la construction d’un véritable système de santé.

La Chine doit reprendre le rôle de la croissance. Or, deux lignes s’affrontent. L’une mondialiste et affairiste réserve une grande importance aux industries de main-d’œuvre destinées à l’exportation. L’autre, plus nationaliste, veut produire mieux, donc non pas développer l’engagement commercial de la Chine dans le monde mais le maîtriser pour l’aiguiser.

L’ambition de Hu Jintao et de Wen Jiabao est de construire une économie de haut niveau de technologie, un marché intérieur vigoureux et l’exportation de produits à forte valeur ajoutée. Un gros défaut à cette dernière ligne de conduite cependant : c’est celui d’augmenter encore la hausse, déjà prévisible, de tous les coûts (formation d’une main d’œuvre plus qualifiée par exemple).  Les autorités chinoises doivent donc développer la qualité de l’enseignement et favoriser le retour en Chine de ceux qui partent faire leurs études à l’étranger. Jean-Luc Domenach termine en se demandant quelles seront les conséquences de tous ces éléments sur le taux de croissance chinois.

Les prévisions de l’auteur, ce sont une réduction du taux de croissance et un marasme économique chinois. Or, la population supportait sa mise au travail en échange d’une progression rapide de son niveau de vie. On assisterait alors à une sorte de rupture du contrat entre le régime et la population. La croissance est tout simplement indispensable à l’obéissance populaire et est la seule légitimité du régime. La société chinoise qui a pour principal défaut l’indiscipline devrait être en proie à des troubles populaires importants (chômage, opposition démocratique,…). Reste à voir quel est encore le degré de cohésion du parti. Irait-on jusqu’à des élections ? L’auteur ne le croit guère.

L’avenir de la Chine reste une grande énigme : est-ce un pays gouvernable vu sa grandeur et sa diversité ?, quel sera le rôle des provinces ?, quel sera le rôle de l’élite bureaucratique à l’appareil lourd ?, et enfin l’inconnue militaire, l’armée. La démocratie y paraît improbable mais la récession est à ses portes !

Vous avez pu lire le tableau que Jean-Luc Domenach dresse de la Chine dans cet ouvrage extrêmement instructif et branché sur l’actualité. L’auteur appuie de notes, de références à des articles de presse ou à des auteurs, toutes ces assertions. Je ne peux pas dire que le livre soit d’une lecture aisée : avoir quelques notions d’économie et de géopolitique m’aurait permis de comprendre mieux ce qui est dit dans le livre. Faute de connaissances suffisantes, je ne tenterai pas de réfuter l’auteur sur certains points quoique ma perception d’Occidentale ne soit pas que l’arbitraire recule, ni que la Chine ne soit plus parmi les leaders mondiaux de la répression (p. 20). Toujours est-il que ce livre m’a ouvert des horizons et poussée à me poser des questions et à vouloir en savoir plus. Jean-Luc Domenach a donc relevé le défi !

Jean-Luc DOMENACH, La Chine m’inquiète, Paris, Perrin, 2008, 230 p.

Posté par 4nn3 à 19:32 - Documents - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 septembre 2008

CHI LI, Soleil Levant

Soleil_LevantCoup de cœur dans la librairie, puis coup de cœur lecture !


Un peu avant les vacances, j’étais en ville, et comme toujours quand je suis dans les parages, je suis passée chez Tropismes. Je venais de recevoir « La Chine m’inquiète » à lire et critiquer et, déjà sensibilisée, mon attention a été attirée, au détour des rayons, par ce roman traduit du chinois. Je ne l’ai pas lu mais dévoré !


L’histoire débute par la cérémonie mouvementée du mariage de Li Xiaolan et Zhao Shengtian. Les jeunes mariés apprennent très rapidement que Li Xiaolan est enceinte et leur vie va changer ! Ils seront confrontés à la tentation de l’avortement, aux réactions des parents et beaux-parents, aux démarches administratives pour obtenir l’autorisation de naissance, à la question de savoir qui gardera leur enfant,… A la naissance de leur petite Soleil Levant, leur couple et leurs relations se modifient mais ce qui est certain c’est que les jeunes parents en sortiront grandis et plus responsables.

Au travers de l’aventure de ces deux jeunes parents assez démunis face un événement aussi important que la naissance de leur premier enfant, c’est toute la société chinoise postmaoïste qui est décrite ici. C’est vif et enlevé, intelligent, sensible, émouvant et bien traduit.

Li Chi est un auteur chinois. Née en 1957, elle est médecin de formation. Diplômée également de la faculté de langue et de littérature chinoises de l’université de Wuhan, elle consacre son temps à l’écriture et au voyage. Elle a publié également : « Triste Vie », « Trouée dans les nuages », « Pour qui te prends-tu ? », « Préméditation », « Tu es une rivière » et « Un homme bien sous tous rapports ».

Chi Li, Soleil Levant, traduit du chinois par Angel Pino, Arles, Actes sud, 2005 (1990 pour l’édition originale)

Posté par 4nn3 à 16:33 - Littérature chinoise - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 septembre 2008

Un tag

J'ai reçu un tag!

C'est Toinette qui me l'envoie et je m'exécute avec plaisir...

Vous aurez donc droit à la cinquième phrase et aux trois phrases suivantes de la p. 123 de Bernard WEBER, Les Fourmis, Paris, le Livre de poche, 2007 (35è édition).

"Et puis, il a acheté plein de livres sur les fourmis.

-Les fourmis? Evidemment, évidemment.

Le commissaire Bilsheim, passablement dérouté, se borna à hocher la tête en murmurant quelques autres "évidemment". L'affaire s'annonçait mal."

A moi de taguer à présent : pas tout à fait au hasard, je taggue : Reine Lionne, Sybilline, Bunée  et Lune de Pluie.

Indiquer le nom de la personne qui vous a taguée avec un lien vers son blog
Prendre le livre qu’on lit en ce moment (ou celui qu’on préfère) à la page 123
Recopier le texte de la 5ème phrase et des trois suivantes
Indiquer l’année de parution, l’édition, le titre et l’auteur du livre
Choisir 4 autres malheureux
blogueurs pour leur demander ce qu’ils lisent et ainsi de suite...

A vous de jouer!

Posté par 4nn3 à 16:23 - Lectures - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »