Legendi tempus

Des livres, des livres et encore des livres...

24 août 2009

Luis SEPULVEDA, Le vieux qui lisait des romans d'amour (1992)

Le_vieux_qui_lisait_des_romans_d_amourCe court roman de l’auteur chilien Sepulveda eut, dès sa parution, un énorme succès tant public que littéraire. Ce succès est justifié car on tombe, dès les premiers mots, sous le charme…

C’est le roman de l’Amazonie, de la nature qui peut être redoutable, des équilibres fragiles et vitaux qui lient l’homme et son environnement naturel.

C’est l’histoire d’Antonio José Bolivar, qui refuse le nom de « chasseur » car il aime et connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, les Shuars. Quand les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme quitte ses paisibles et apaisants romans d’amour pour chasser le vrai coupable, une majestueuse panthère

Luis SEPULVEDA, Le vieux qui lisait des romans d’amour, Paris, 1992, 121 p.

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17 août 2009

Vincent ENGEL, La peur du paradis (2009)

La_peur_du_paradisDans ses pages « culture » (pages 31 et 32) des samedi 1er et dimanche 2 août 2009, Le Soir présentait le dernier livre de Vincent Engel comme une lecture incontournable de l’été en titrant : « Les livres d’été ? De bons livres ». Jean-Claude Vantroyen, l’auteur de l’article, rapportait les paroles de Marianne Pêtre de Filigranes : « Un coup de cœur pour moi, une réflexion sur le fascisme très intéressante ».

Cela tombait bien ! Je venais de commencer ce livre acheté dès sa sortie (car je suis « fan » de Vincent Engel) en avril 2009.

Une réflexion sur le fascisme, oui mais aussi une description attentive et sensible des Pouilles…

Nous sommes en 1920, dans le petit village de San Nidro, sous le soleil et près de la mer. Le prêtre Rosario règne tout-puissant sur ses ouailles. Deux enfants ne se quittent pas : Basilio est fasciné et sous le charme de la fée Lucia. Mais quand Filippo, le père de Lucia meurt, Basilio commet un acte qui changera son destin et condamnera Lucia à quitter son village. Basilio se met à aider le pêcheur Luigi, dont le fils s’est engagé dans la milice, à pêcher les poissons, mais bientôt poussé par Forza, persuadé par ce dernier et la mère supérieure que la jeune Lucia l’a oublié, pire ne veut pas le revoir, il s’engage également dans les armées de Mussolini.

Je ne veux pas raconter la suite car il y a, dans ce roman d’amour et de politique, extrêmement bien construit, un certain suspense. Alors, Lucia et Basilio se retrouveront-ils dans la tourmente fasciste ?

Au début de ce livre, figure une phrase d’Aragon : « La vie aura passé comme un grand château triste ». C’est aussi de l’insignifiance de vie et en même temps de sa grandeur, ainsi que de tous les éléments terrestres que nous parle ce roman.

« Pollini mesurait, pour la première fois de sa vie, la longueur du temps. Un ennui si épais qu’il semblait l’éternité. Mais lui, qu’avait-il fait d’autre, depuis 1943 ? Et même avant ? Il avait laissé filer le temps, il ne s’était rendu compte de rien. Ici, le sable coulait dans sa main, les heures coloraient le ciel. Ce n’était pas la vie, ce qui avait précédé non plus ; mais la mort pouvait ici faire son nid, s’installer calmement. Et la conscience aussi ressuscitait. »

Vincent ENGEL, La peur du paradis, Paris, J.-Cl. Lattès, 2009, 403 p.

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30 juillet 2009

Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, Jésus sans Jésus. La christianisation de l'Empire romain (2008)

J_sus_sans_J_susC’est la série d’Arte, l’Apocalypse, qui a inspiré aux écrivains, journalistes et cinéastes Gérard Mordillat et Jérôme Prieur l’écriture du livre « Jésus sans Jésus, La christianisation de l’Empire romain ». Ce qui explique probablement le caractère parfois décousu de l’essai qui enquête à la suite des séries télévisées d’Arte « Corpus Christi » et « L’origine du christianisme » et des essais « Jésus contre Jésus » et « Jésus après Jésus » sur un événement considérable pour l’Occident : la naissance d’une nouvelle religion, le christianisme.

Malgré cet effet patchwork, on apprend beaucoup de choses à la lecture de cet ouvrage, et on organise ses connaissances. Les auteurs suivent l’ordre chronologique  et épinglent les caractéristiques et les temps forts du développement de cette secte qui deviendra religion d’état.

Ce sont les répliques de « En attendant Godot » de Samuel Beckett « Comment ? Pourquoi ? » qui servent de leitmotiv à cet essai.

Comment ? Pourquoi ? Comment et pourquoi un Juif de Galilée, à la naissance douteuse, charismatique a-t-il pu se présenter comme le Christ, le Sauveur, le Seigneur, le fils de Dieu... ? Comment ce qui est aujourd’hui une des plus grandes religions du monde a-t-elle pu voir le jour et se développer ?

En huit chapitres, les auteurs tentent de répondre à ces questions. C’est d’abord la crucifixion de Jésus sur le Golgotha, comme un criminel politique, qui est étudiée : les Romains n’aiment ni les fauteurs de trouble ni le contre-pouvoir.

Les auteurs évoquent également l’incendie de Rome (19 juillet 64) pour rappeler que des boucs émissaires ont du être trouvés et l’on s’est tourné évidemment contre les Chrétiens, coupables de se réunir en secret et de sacrifier aux dieux de l’Empire.

Le deuxième chapitre montre que l’Apocalypse de Jean de Patmos est un brûlot anti-romain, une charge contre la puissance impériale, un appel à la rébellion et à l’insurrection.

Ensuite, vient la notion de martyr, instrument de propagande non politique mais religieuse, et les persécutions. Les auteurs évoquent aussi longuement les attaches et la rupture avec le judaïsme, ce qui aura pour conséquence la réunion d’un corpus de textes chrétiens destiné à compléter la Bible juive : le « Nouveau Testament ». Le problème du choix des textes qui le constitueront (Concile de Trente, 1545) est largement développé.

Différentes hérésies (montanisme, gnose vont gagner le monde chrétien.

Ensuite la figure de Constantin, premier empereur romain converti au Christianisme (Pont Milvius, 312),  jouera un rôle très important dans la diffusion et le rayonnement de cette toute jeune religion. Désireux d’assurer l’unité de l’empire, Constantin doit assurer d’abord l’unité de l’église mais va être entraîné contre son gré dans le schisme « donatiste », puis dans la crise arienne (Concile de Nicée, 325).

Après sa mort, l’un de ses successeurs Julien entreprend de restaurer la tradition des dieux protecteurs de Rome, abroge toutes les mesures discriminatoires contre les païens et restitue leurs biens aux temples. Il meurt rapidement. Et si Julien avait  eu le temps de régner ?

Une nouvelle étape est franchie en 390 lorsque l’évêque de Milan, Ambroise s’oppose à l’empereur Théodose après le massacre de Thessalonique (le pouvoir temporel doit être soumis au pouvoir spirituel, l’empereur à l’évêque) et triomphe ! Cette évolution suscite des résistances internes : le monachisme.

Les auteurs terminent leur analyse par un ensemble de réflexions qui tentent finalement de répondre au pourquoi (Le christianisme offrait une clé d’explication du monde plus simple, plus rationnelle ainsi qu’une exigence spirituelle et morale élevée ; elle s’est imposée comme facile d’accès, sans distinction de sexe, classe, race ; elle met en place un système d’aide aux démunis (geste de l’aumône), etc.)

C’est donc à une belle étude que l’on a affaire. Solide mais accessible. Une chronologie, une bibliographie de 10 pages, un index complètent cet ouvrage que j’ai pris beaucoup de plaisir (et de temps) à étudier autant qu’à lire. Il faut dire que l’histoire des religions est un sujet qui me passionne et que j’avais déjà quelques connaissances préalables que j’ai pu enrichir. Un seul regret : ne pas avoir vu les documentaires diffusés sur Arte (mais ce sera bientôt chose faite, ils sont disponibles en DVD) !

Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, Jésus sans Jésus, La christianisation de l’Empire romain, Paris, Editions du seuil/ Arte éditions, 2008.



Je remercie vivement Guillaume de chez BABELIO, le Seuil et les Editions ARTE dont on peut retrouver l’intégralité du catalogue sur www.arteboutique.com

Pour ceux qui veulent disposer d’un résumé approfondi de l’ouvrage : http://legenditempus.canalblog.com/archives/2009/07/30/14582478.html

 

Babelio

D’autres critiques : http://lililectrice.canalblog.com et http://arnivi.blogspot.com/2009/06/jesus-sans-jesus-gerard-mordillat-et.html

Jésus sans Jésus. La christianisation de l'Empire romain : notes de lecture

Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR,

Jésus sans Jésus. La christianisation de l’Empire romain

C’est la série d’Arte, l’Apocalypse, qui a inspiré aux écrivains, journalistes et cinéastes Gérard Mordillat et Jérôme Prieur l’écriture du livre « Jésus sans Jésus, La christianisation de l’Empire romain ». Ce qui explique probablement le caractère assez décousu de l’essai qui enquête à la suite des séries télévisées d’Arte « Corpus Christi » et « L’origine du christianisme » et des essais « Jésus contre Jésus » et « Jésus après Jésus » sur un événement considérable pour l’Occident : la naissance d’une nouvelle religion, le christianisme. Malgré cet effet patchwork, on apprend beaucoup de choses à la lecture de cet ouvrage, et on organise ses connaissances. Les auteurs suivent l’ordre chronologique  et épinglent les caractéristiques et les temps forts du développement de cette secte qui deviendra religion d’état.

Voici les notes que j’ai prises au cours de ma lecture.

Ce sont les répliques de « En attendant Godot » de Samuel Beckett « Comment ? Pourquoi ? » qui servent de leitmotiv à cet essai.

Comment ? Pourquoi ? Comment et pourquoi ce Juif de Galilée, à la naissance douteuse, charismatique a-t-il pu se présenter comme le Christ, le Sauveur, le Seigneur, le fils de Dieu... ? Comment ce qui est aujourd’hui une des plus grandes religions du monde a-t-elle pu voir le jour et se développer ?

  1. Après la fin

C’est sous le préfectorat de Ponce Pilate (26-36 P.C) que Jésus est crucifié sur le Golgotha. Etait-il seul ? Ou accompagnés de larrons qui, comme témoins attestent de sa mort ? Que sont devenus les disciples après l’arrestation de leur maître ? La première mention du terme « Chrétiens » Christianoi est un terme grec mais son suffixe est de formation latine; le terme contenait probablement du mépris (le Christ, c’est l’homme qui  été « oint », « huilé » ou « gominé ») et les Romains désignaient ainsi les membres d’un clan ou les partisans d’un meneur susceptible d’entraîner de l’agitation. Jésus a bien été condamné comme un criminel politique, en raison de ses ambitions réelles ou supposées d’être le roi des Juifs ; les Romains n’aiment ni les fauteurs de trouble ni le contre-pouvoir.

Les auteurs évoquent également l’incendie de Rome (19 juillet 64) pour rappeler que malgré Pline l’Ancien, Tacite et d’autres qui l’en accusent, Néron a été disculpé de ce crime. Cependant des boucs émissaires ont du être trouvés et l’on se tourne évidemment contre les Chrétiens, coupables de se réunir en secret et de sacrifier aux dieux de l’Empire.  S’en suit l’analyse du chapitre 44 des Annales de Tacite que certains historiens considèrent comme interpolé. Ce serait parce que les Chrétiens voient en l’incendie de Rome, le présage  du grand événement attendu (la fin des temps), et montrent joie et allégresse que cela va les désigner à la vindicte populaire et à Néron.  C’est aussi à cause de la jalousie et des délations exercées par les Juifs contre les Chrétiens. Première confrontation de Rome avec les Chrétiens ; je me refuse à parler de persécution !

  1. Demain l’Apocalypse

Jean de Patmos, auteur présumé de l’Apocalypse, s’enflamme contre  l’empereur (le Mal incarné, Satan, l’Antéchrist) et Rome (la Grande Prostituée). L’Apocalypse est un brûlot anti-romain, une charge contre la puissance impériale, un appel à la rébellion et à l’insurrection. Et une telle virulence s’expliquerait par la situation particulière de l’Asie Mineure où plus qu’ailleurs, le culte de l’empereur occupe la scène publique. Cette tradition apocalyptique, déjà présente dans le judaïsme, sera reprise et développée dans l’Islam : pensons aujourd’hui à tous les actes terroristes commis au nom d’Allah.

L’Apocalypse de Jean, prologue suivi de sept lettres envoyées à sept églises d’Asie Mineure, est probablement l’œuvre de plusieurs auteurs qui se nomment « Jean », d’une école johannique. Elle a été écrite dans une période troublée entre la chute du temple de Jérusalem (70) et la révolte de Bar Kochba (134-135), probablement vers 95 (règne de Domitien) et reflète un triple combat : contre Rome, contre les « faux Juifs » ou pagano-chrétiens (conflit à l’intérieur de la communauté chrétienne entre les judéo-chrétiens fidèles à la Loi et à Jésus et les pagano-chrétiens fidèles à l’Evangile et au Christ) et contre Paul.

  1. Les Chrétiens aux lions !

L’emblème des débuts du christianisme, son « produit d’appel », c’est le martyr et plus particulièrement la femme martyrisée.

Et voici tout d’abord évoque la célèbre lettre de Pline le Jeune, alors gouverneur de Bithynie, à l’empereur Trajan (111-112) pour lui demander conseil à propos des chrétiens à juger. L’embarras de Pline est grand tant les charges qui reposent sur les chrétiens lui paraissent dérisoires. Il ne s’agit plus de Juifs mais de païens qui vénèrent le Christ et donc n’adhèrent pas totalement à la loi romaine et au culte des dieux de l’Empire. Et ce condamne Pline chez les chrétiens, c’est leur obstination et leur insubordination, pas leurs opinions religieuses.

Les Actes des martyrs scillitains donnent un compte-rendu d’un dialogue entre un magistrat et plusieurs chrétiens comparaissant à Carthage (180) dans son tribunal. Le texte n’accable en rien le proconsul romain et le christianisme apparaît surtout comme un travers de l’imagination, une douce folie qui enfièvre femmes, esclaves et esprits faibles.

D’autres textes et témoignages (Tertullien, Ignace d’Antioche) nous montrent que les chrétiens se glorifient de leur souffrance et de leur martyr, de cette mort volontaire, considéré comme un écho au sacrifice de Jésus. Cette attitude aura beaucoup d’influence sur les esprits et contribuera à la réputation des chrétiens.

Le christianisme se développe essentiellement dans les villes et la dimension publique du martyr est fondamentale. Il s’agit véritablement de propagande non politique mais religieuse. Les martyrs (c’est le cas dans les trois monothéismes) réclament justice : le dieu invoqué doit être vengeur.

Et les persécutions ? On ne peut pas parler de persécutions massives et régulières ou d’élimination systématique des chrétiens mais plutôt de mesures sporadiques, plus ou moins légales et plus ou moins encouragées par les autorités romaines.

Persécution de Dèce : Dèce (v. 201-251) désireux d’affermir son pouvoir, de stabiliser la situation politique et de renforcer la cohésion nationale autour de lui promulgue un édit dans lequel il impose à tous les habitants de l’Empire de sacrifier aux dieux le même jour, d’un même élan. Trois réactions sont observées parmi les chrétiens : les sacrificati (apostasient le christianisme), les thurificati (font le sacrifice de quelques grains d’encens) et les libellatici (plus rusés et plus riches, ils se font établir contre argent comptant des certificats de complaisance). On peut aussi s’enfuir (Denys d’Alexandrie, Cyprien de Carthage) ou refuser tout compromis et se faire prendre (Origène de Césarée, Fabien, évêque de Rome, ...) Très rapidement, une fois la persécution éteinte, éclate un conflit entre les confesseurs qui avaient proclamé leur foi, les martyrs qui avaient survécu et ceux qui pour sauver leur vie avaient renié leur dieu, les lapsi. C’est finalement l’indulgence qui l’emportera. 

Le successeur de Dèce, Valérien (251), d’abord favorable aux chrétiens, se retournera quelques années plus tard (257) contre eux et promulguera des édits très durs obligeant le clergé à sacrifier aux dieux, interdisant les réunions de chrétiens et prévoyant la peine capitale pour ceux qui n’auraient pas obtempéré. En 260, Gallien, fils de Valérien proclame un édit de tolérance. La « petite paix de l’Eglise » durera près de quarante ans.

En 303-304, Dioclétien déclenche la troisième persécution et promulgue quatre édits successifs :

- destruction des églises, confiscation et destruction des livres liturgiques et des objets de culte, etc.

-emprisonnement de tous les membres du clergé

-mort contre les chrétiens qui refusent d’abjurer et de sacrifier aux dieux.

-enfin, obligation pour tous les citoyens de manifester publiquement leur adoration aux dieux et à l’empereur.

Le nombre de victimes est impossible à évaluer ; probablement plus en Orient qu’en Occident.

La littérature chrétienne liée aux martyrs va se développer. L’héroïsme s’inverse : on admire non plus le gladiateur qui tient le glaive mais la victime qui verse son sang dans l’arène. Les femmes particulièrement trouvent dans la mort ce qui leur est refusé dans la société antique, une égalité avec les hommes, voire une supériorité. 

Et il y a probablement une parenté entre les vierges sacrifiées dans l’arène au II et IIIe siècles et celles qui, des siècles plus tard, choisiront l’enfermement monastique.

Les récits de martyre constituent donc peu à peu un genre littéraire soit de faits authentiques et véritablement documentés, soit purement romanesques, parfois même avec sexualisation de ces récits. Le récit de martyre a une fonction mémorielle, liturgique et civique mais aussi sans conteste permettra de faire écran à l’intolérance.

  1. La guerre des textes

A la lecture de l’Evangile de Mathieu, on demeure frappé par le nombre de malédictions prononcées contre d’autre Juifs, « les Pharisiens hypocrites ». Ceci deviendra le terreau de l’antisémitisme. Il ne s’agit probablement pas  de paroles de Jésus mais plutôt ici d’un discours de circonstance lié aux événements contemporains. La chute du Temple (30 août 70) que nous décrit Flavius Josèphe dans « La Guerre des Juifs » est interprétée par les Romains  comme la victoire des dieux de l’Empire sur le dieu des Juifs et par les Juifs comme la colère de Dieu contre son peuple. Différents courants juifs vont entrer en compétition pour rebâtir le judaïsme sur les ruines du temple : les sadducéens disparaissent, les Pharisiens professent que le judaïsme ne reposera plus sur un lieu destructible, le Temple mais sur un livre indestructible, la Torah, les baptistes célèbrent Jean le Baptiste comme le messie et les partisans de Jésus en font autant pour ce dernier.

Cette rupture avec le judaïsme vient de loin : déjà Paul, dans les années 50, relayé après sa mort par les « pauliniens », professe que le salut ne vient plus de la Loi mais du Christ. De l’héritage judaïque, le christianisme tient l’essentiel : référence au dieu unique, conception de Dieu comme messie et espoir en la venue prochaine du royaume de Dieu.

Barnabé, un des compagnons de Paul, auteur de « L’Epitre de Barnabé » soutient que la Bible doit être désormais lue selon les procédés de l’interprétation chrétienne, dans la perspective chrétienne : le sens spirituel  des préceptes ou des commandements rituels doit primer sur le sens littéral (le temple, la circoncision,... ne sont plus des réalités concrètes).

Justin, païen, contemporain de l’empereur Trajan et originaire de Samarie (colonie romaine de Flavia Neapolis, antique Sichem, actuelle Naplouse), auteur de « Dialogue avec Tryphon » débat par le biais d’un dialogue contradictoire entre un juif et un chrétien. Mais Tryphon n’est qu’un faire-valoir de Justin et se laisse facilement écraser par la théologie.

La problématique est la même : la lecture et l’interprétation de la Bible, livre partagé par les Juifs et les Chrétiens autour de thèmes tels la virginité de Marie, le personnage de Jésus ressuscité, la primauté du christianisme,... et la mise au point de clés de lecture à travers l’exégèse prophétique, l’allégorisation, l’interprétation métaphorique, la typologie. Ce réservoir de figures servira à la liturgie et à l’exégèse chrétienne avec Tertullien (IIe s.), Origène (IIIe s.) et Augustin (IVe s.)

Le livre de Justin fournit un éventail d’arguments aux prédicateurs, veut convaincre que le monothéisme chrétien est supérieur au monothéisme juif et fournir des réponses argumentées aux pagano-chrétiens.

Marcion (vers 140-150), quant à lui, estime qu’il faut abandonner la Bible pour de nouveaux textes spécifiquement chrétiens. Mais où trouver alors le véritable enseignement de Jésus ? Chez Paul ! Paul qui, alors qu’il n’a pas connu Jésus dans sa chair, a bénéficié d’une apparition du Christ (Première épître aux Corinthiens). Marcion va alors entreprendre de nettoyer l’évangile de Luc de toutes les interpolations juives, des additions, sui, selon lui, ont falsifié le texte. Il accomplit un travail similaire sur les épîtres de Paul en en reconnaissant dix comme authentiques. Cet évangile (de Paul selon Luc) et la collection des Epîtres constituent le « Nouveau Testament ». Mais Marcion est exclu de la communauté chrétienne de Rome (Tertullien, Contre Marcion). Pourquoi ? Par réalisme politique  (se séparer du judaïsme, c’est perdre son ancienneté virtuelle et la possibilité d’obtenir un statu légal dans l’empire), parce que la rigidité de ses conceptions empêchent tout compromis, parce que ’il touche à deux points névralgiques de l’identité chrétienne : la filiation avec la tradition d’Israël et l’incarnation (Jésus n’est que la manifestation du dieu inconnu envoyant son émissaire sur terre).

La trace de Marcion disparaît. Des églises marcionites survivent jusqu’è la fin du Ve siècle en Syrie et en Mésopotamie, jusqu’au XIe s. en Asie centrale.

Cependant le christianisme avec Marcion accepte pour la première fois de se détacher de ses origines juives. Et le processus qu’il a enclenché va avoir pour conséquence la réunion d’un corpus de textes chrétiens destiné à compléter la Bible juive : le « Nouveau Testament ». On parlera au départ de « Nouvelle Alliance » ; et il y a très probablement un effet de compétition entre l’idée de canon du « Nouveau Testament » à la fin du IIe siècle et la fixation, du côté juif, de la Mishna (= répétition, c’est-à-dire le commentaire de la Torah). Les deux corpus reflètent l’éloignement des deux religions l’une de l’autre.

A la fin du IIe siècle donc, un large consensus règne déjà dans le choix des textes qui forment le « Nouveau Testament », sans qu’aucune autorité centrale n’ait décrété de solution. Certains historiens ont émis l’hypothèse d’un compromis établi à Rome lors d’entretiens, évoqués par Irénée et Eusèbe, entre Polycarpe, l’évêque de Smyrne et le pape « Anicet », l’évêque de Rome.

Cependant, ce n’est qu’en 1545 lors du Concile de Trente (Italie) qu’a été entériné le recueil des vingt-sept livres que compte le « Nouveau Testament ».

Le « fragment de Muratori », deux feuillets d’un texte court énumérant la plupart des livres de ce qui deviendra le « Nouveau Testament », datant de 180 et découvert début XVIIIe siècle à l’intérieur d’un codex de la Bibliothèque ambroisienne de Milan, serait la liste la plus ancienne des livres chrétiens et fait l’état des lieux des livres reconnus et acceptés vers 200.

Le choix de conserver quatre évangiles, malgré leur diversité, leurs divergences, leurs contradictions est donc un choix très ancien et un choix qui n’allait pas de soi.

Tatien (vers 170) avait proposé un récit unique de la vie et de l’enseignement de Jésus (« Diatessaron ») ; cette solution fut vivement combattue par certains Pères de l’Eglise comme Irénée de Lyon. Irénée justifie l’existence des quatre évangiles par des arguments cosmologiques ou symboliques et préfère taire les rapports de pouvoirs qui se jouent à travers les textes entre différentes communautés chrétiennes et différentes doctrines.

Eusèbe de Césarée (vers 310) confirme la liste de Muratori et fixe des catégories dans lesquelles ranger les textes chrétiens (livres reconnus, contestés, inauthentiques,...)

Athanase (367) énumère les textes canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament. On y retrouve les vingt-sept livres du Nouveau Testament actuel.

Les livres apocryphes sont donc à proscrire suivant les critères suivants :

-l’ancienneté

-le caractère apostolique

-le caractère « catholique » universel)

-l’orthodoxie

« L’Apocalypse » constitue une exception et a eu de bons avocats pour défendre ce texte comme étant de la main de Jean, fils de Zébédée, apôtre.

L’attention des historiens se portent de plus en plus sur ces « apocryphes », écartés du canon, non reconnus par l’Eglise.

  1. Les citoyens du ciel

« L’Apocalypse » de Jean, encore mal reçue début IVe siècle (cf. Eusèbe de Césarée et Denys d’Halicarnasse), divisera longtemps le mouvement chrétien. Les églises d’Occident banalisent la violence du texte et y voient prémonition du Jugement dernier, symbolique du Salut ou de l’Eglise. Cette interprétation allégorisante sera entérinée officiellement par le Concile d’Ephèse en 431.

Les églises d’Orient interprètent le texte de Jean de Patmos de manière plus concrète : l’Apocalypse prophétise le royaume à venir (de 1000 ans), la nouvelle Jérusalem (l’Eglise chrétienne) qui finira par terrasser Babylone (l’empire romain). Ce fut le dernier texte « canonisé ». Paradoxe donc de voir s’achever le Nouveau Testament, la Bible chrétienne, par un texte anti romain.

Cependant, l’espérance du retour imminent du Christ, de la Fin des temps, du Jugement et de l’établissement du royaume de Dieu, ni celle d’un règne du Christ pour 1000 ans ne semple plus animer les croyants du XXIe siècle !

Le Montanisme est un mouvement initié par Montan (IIe siècle). Parti de Phrygie, le mouvement gagna la Galatie, la Cappadoce, la Thrace, la Syrie et survécut jusqu’au IVe siècle. Tertullien en fit partie.

1)    Ils soutiennent à travers une lecture littérale de l’Apocalypse que la Fin des Temps est imminente et que le Royaume de Dieu va se réaliser. Ce royaume durera 1000 ans ; leur zèle, leur ascétisme, leur goût du martyre en hâtera la venue.

2)    Le montanisme réactive une tendance archaïque du christianisme : le christianisme prophétique (Jésus est le messie, le Christ ; ses paroles ont été fixées et il n’y a rien à ajouter aux paroles du Seigneur)

3)    Les montanistes sont les témoins d’une tendance qu’on appellerait aujourd’hui anti-institutionnelle.

Une autre hérésie est représentée par Simon de Samarie (« La Révélation de la Grande Puissance » est un ensemble de papyrus découverts en 1945). Simon de Samarie se voyait comme le Dieu suprême, un dieu supérieur, descendu sur la terre pour se faire reconnaître comme Fils en Judée, Père en Samarie, Esprit Saint dans les autres régions. Hélène, une prostituée rachetée dans un lupanar de Tyr n’était autre que la Pensée jaillie de son esprit. Ce courant fut très intense mais resta marginal.

La gnose (du grec = connaissance) repose sur une vision négative du monde, vision pessimiste : la création est démonisée, le monde est l’œuvre de Satan ou, à tout le moins, d’un démiurge.

Le salut ne provient pas de la foi mais de la connaissance des secrets, de la connaissance de l’origine et de la fin des choses, de là l’importance des mythes originels dans cette littérature.

Elle multiplie les êtres intermédiaires, anges, archanges, éons et désincarne la figure de Jésus (ignore le dogme de l’incarnation)

Elle s’est répandue partout : Syrie, Palestine, Proche-Orient, Egypte, Afrique du Nord, Lyon et ouvre la perspective d’un christianisme de haut niveau philosophique et intellectuel. Ripostant à l’idée que seule l’Eglise catholique est la propriétaire des écritures, l’héritière directe et authentique de la tradition transmise par les apôtres, les écrits gnostiques se réclament souvent de figures tutélaires venues de la Bible ou de l’entourage des proches et des disciples de Jésus.

La Grande Eglise, au lieu de choisir le silence pour combattre ces hérésies, va adopter la stratégie inverse ! Il y a aujourd’hui plus de textes contre les gnostiques que de textes gnostiques ! (cf. Irénée de Lyon, Contre les hérésies)

Malgré l’opprobre jeté sur la gnose, certains penseurs l’intègreront à leurs réflexions (Clément d’Alexandrie, Origène) et les Pères de l’Eglise tireront parti de l’art de l’exégèse et de la spéculation dans lequel les gnostiques sont passés maîtres.

Les Chrétiens de la Grande Eglise doivent donc se battre sur deux fronts :

  1. Contre les hérétiques, à l’intérieur

  2. Contre les Païens, à l’extérieur

-Apulée, L’Ane d’Or ou les Métamorphoses, IX, 14)

-Celse (philosophe païen des environs de 170) : refuse de faire le distinguo et place juifs et chrétiens dans le même panier ; considérant que le plus grave est qu’ils ne vénèrent pas les dieux de la cité et mettent ainsi en péril l’Empire tout entier. Son « Discours vrai » est aujourd’hui détruit (nous le connaissons par son contradicteur Origène) comme bon nombre d’ouvrages polémiques anti chrétiens (Porphyre, Contre les Chrétiens).

Les auteurs chrétiens vont consacrer beaucoup d’efforts à plaider leur foi, à faire reconnaître leur légitimité sur les plans religieux et intellectuel): les apologistes.

  1. Quadratus et Aristide (vers 124-125, règne d’Hadrien).

  2. L’essor apologétique se situe vers 150 à 190 à Rome, Athènes, Antioche, Carthage, dans une période moins paisible pour les Chrétiens à l’intérieur de l’Empire.

  3. Minucius Felix (IIe siècle) est l’auteur de l’Octavius dans lequel trois amis Octavius, Minucius Felix et Caecilius dissertent sur le christianisme et le paganisme. Happy end à la fin : Caecilius est converti.   

  4. Justin affirme à Antonin le Pieux être sujet loyal de Rome (Grande Apologie, 1, 121-12) ; il sera exécuté en 165.

  5. Tertullien 

  6. L’Epître à Diognète : a été découverte en 1436 dans un manuscrit qu’un marchand de poissons de Constantinople voulait utiliser comme papier d’emballage mais est aujourd’hui détruite lors du bombardement de Strasbourg par les Prussiens en 1870.Le texte s’adresse à un païen lettré, Diognète, qui s’interroge sur la question de Dieu. L’auteur soutient que le christianisme est la seule religion à ne pas être une invention des hommes (hypothèse hardie car l’Antiquité est obnubilée par les traditions, l’ancienneté, la continuité). Cette lettre est remarquable aussi par sa théorie politique : l’auteur défend l’idée que les Chrétiens sont « une troisième race ». Il affirme également que les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par le vêtement. Il est convaincu que l’armée invisible du christianisme résistera toujours et finira par gagner ! Origène a défendu la même idée (Contre Celse, VIII, 68). Même mouvement d’ensemble ?

  1. L’ombre de Constantin

Constantin est le premier empereur romain converti au Christianisme. Canonisé par les églises orthodoxes d’Orient (21 mai), l’église d’Occident lui refuse toujours cette distinction.

285 : Dioclétien s’adjoint pour gouverner l’empire un coempereur : Maximien. Il a la dignité d’Auguste et la charge de l’Occident.

293 : La Tétrarchie : système politique qui associe quatre empereurs : deux Auguste (Dioclétien et Maximien) et deux Césars (Galère et Constance-Chlore). Le choix des empereurs se fait au vu de leurs qualités et mérites ; il n’y a pas d’idée de succession dynastique.

306 : Dioclétien se retire et oblige Maximien, son alter ego, à l’imiter à regret. Galère et Constance-Chlore sont promus Augustes et appellent à leurs cotés, comme Césars, Maximin Daïa et Sévère.

25 juillet 306 : Constance Chlore meurt. Son fils, Constantin, est proclamé empereur sur le front des troupes. Il demande à Galère d’entériner sa désignation mais par prudence ou par intelligence politique, il se fait simplement reconnaître comme César de Sévère, qui se trouve de facto élevé à la dignité d’Auguste. Galère cède pour éviter la guerre civile ; Constantin reçoit le commandement des provinces que gouvernait Constance : la Gaule, la Bretagne et l’Espagne.

28 octobre 306, à Rome, Maxence, le fils de Maximien, probablement par jalousie de la promotion dynastique de Constantin, provoque un coup d’état en se faisant proclamer empereur par les prétoriens.

En très peu de temps, il y a donc plusieurs empereurs qui revendiquent le titre d’Auguste.

Dans le système tétrarchique instauré par Dioclétien, chaque empereur revendique la protection d’un dieu (Dioclétien se dit descendant de Jupiter et Maximien d’Hercule).

312 : Bataille du Pont Milvius (sur les bords du Tibre) : Constantin l’emporte sur Maxence qui tient Rome. Il n’a pour lui que la légitimité de son pouvoir de César et le soutien d’Apollon, accompagné de la Victoire Sol invictus (qui lui serait apparu vers 310 à Grand). La veille de la bataille, il aurait vu apparaître les deux premières lettres du nom du Christ (le chrisme), le X et le P superposées et croisées, tandis qu’une voix lui affirmait : « Par ce signe, tu vaincras ». Constantin remporte la bataille et Maxence se noie dans les eaux du Tibre.

L’événement nous est connu par deux récits de contemporains : Eusèbe de Césarée, évêque de Palestine, qui rencontra Constantin, s’il le rencontra, lors d’audiences publiques, au milieu d’autres évêques ; et Lactance, conseiller de l’empereur, peut-être son ami, et précepteur de son fils aîné, Crispus. Les deux récits ne concordent pas. Mais au-delà de leurs divergences, ils fusionnent tous deux l’apparition chrétienne du chrisme avec la tradition païenne de l’apparition de l’Apollon solaire.

13 juin 313 : Edit de Milan. Compromis entre Licinius et Constantin qui ménage les convictions de l’un et l’autre empereur. Constantin gouverne l’Occident et met en œuvre une politique favorable aux Chrétiens, Licinius gouverne l’Orient et prend des mesures de répression au nom de la moralité. Cette guerre au nom de la religion va durer de 316 à 324. Licinius, vaincu, écrasé à Chysopolis, abdique et est mis à mort en 324. Constantin, fils d’Hélène et de Constance-Chlore devient le maître absolu de l’Empire, l’unique souverain d’Orient et d’Occident.

330 : il inaugure sur le site de Byzance une ville qui sera capitale de l’empire, Constantinople (actuelle Istanbul)

Constantin doit assurer l’unité de l’empire, il doit donc assurer d’abord l’unité de l’église. Il va donc être entraîné contre son gré dans le conflit entre « confesseurs » (Chrétiens qui, à l’époque de Dioclétien, avaient confessé leur foi sans la renier) et les « traditores » (ceux qui avaient remis les livres saints et avaient trahi). L’évêque de Carthage, Donat, condamne les traditores ; sa rigueur provoque le schisme « donatiste ». Constantin tergiverse mais prend finalement parti pour la Grande Eglise, l’Eglise des évêques, contre les donatistes. En 317, une loi ordonne la confiscation des biens des donatistes et la dissolution de leurs communautés. Mais en réalité rien n’est réglé. Les donatistes ne seront véritablement menacés qu’à partir de 404 par Augustin, évêque d’Hippone, appuyé par les évêques de Carthage. C’est une loi de 412 prévoyant amendes, peines d’exil et transmission de biens pour que la résistance des Donatiens soit amoindrie. Ils resteront cependant influents jusqu’au Vie siècle en Numidie. 

En Orient, l’empereur va se trouver confronté à un conflit autrement ardu : la crise arienne. Il s’agit d’un conflit de pouvoir théologique qui met en jeu la hiérarchie céleste, les rapports du Père et du Fils. Le Fils est-il Dieu comme le Père ? Est-il un dieu distinct du Père ? Est-il une création du Père, le premier créé d’entre les créatures ? Autrement dit : le christianisme est-il un monothéisme comme il le proclame, ou un dithéisme avec Dieu et le Christ, voire une résurgence du polythéisme si on y adjoint la troisième personne de la Trinité, le Saint-Esprit ?

Deux camps s’opposent : Arius, un prêtre qui professe que seul le Père est éternel et que le fils a été « engendré » (depuis 310, mais Paul soutient déjà cette hypothèse dans 1 Co 11, 3) contre l’évêque Alexandre d’Alexandrie qui défend la « co-éternité » du Père et du Fils et réfute l’idée d’une génération du Fils dans le temps.

325 : premier Concile œcuménique : le Concile de Nicée. Ce concile s’ouvre sur un appel de l’empereur Constantin à la concorde, à la paix dans l’Eglise. Au bout de plusieurs mois de discussions (d’où viendrait l’expression « querelles byzantines »), on finit par affirmer la « consubstantialité » du Père et du Fils. Constantin exige de tous les participants la signature d’un exposé de foi (symbole de Nicée). Arius et deux évêques libyens Secundus, évêque de Ptolémaïs et Théonas, évêque de Marmarique repoussent ce texte. Ils sont immédiatement exilés.

Cet accord n’est en réalité qu’un succès de façade. La crise ne sera véritablement résolue sur le plan dogmatique que sous Théodose, au concile de Constantinople en 381. Mais si Constantin n’avait pas fixé l’orthodoxie, il avait cependant affirmé sa prééminence sur l’Eglise.

L’engagement de Constantin (les auteurs préfèrent ce terme à « conversion »)pour le christianisme lui apportait en dot l’organisation solide des communautés chrétiennes, leur système d’entraide et de secours, les moyens de communication du réseau d’évêchés. Un nombre impressionnant de mesures suivent au bénéfice du christianisme : le dimanche, jour férié (du Seigneur), exonération d’impôts pour les célibataires (exaltation de la chasteté et de la virginité,…), etc.

L’engagement de Constantin devait reposer sur une conviction personnelle (« un caprice personnel », dit Paul Veyne) car les Chrétiens sont encore peu nombreux dans l’empire au IVe siècle (3 à 5 %, parfois 10% de la population). Constantin ne sera baptisé que sur son lit de mort (337) ; la raison en est probablement politique, il demeurait ainsi l’empereur de tous ses sujets, chrétiens comme païens.

Il est donc à la fois pour les chrétiens l’évêque de ceux qui sont à l’extérieur et le grand pontife (pontifex maximus) de la religion traditionnelle. Sur les monnaies, les marques chrétiennes sont discrètes, le chrisme est essentiellement lié à son nom, … mais c’est après sa mort que se développera une imagerie typiquement chrétienne.

Si nous sommes marqués par le portrait d’un Constantin profondément dévot et pieux que nous donne Eusèbe de Césarée, il ne faut pas oublier l’autre aspect de sa personnalité : caractère inégal, excès sanglants, qui se serait rendu coupable de meurtres envers son épouse Fausta (ébouillantée vive) et son fils Crispus, etc.

Constantin représente ce que l’on appellera au XIXe siècle le « césaro-papisme » : il est non seulement empereur César mais aussi pape, un pape laïc qui exerce sa tutelle sur tous les Chrétiens. Il a certainement pu se voir comme un homme providentiel persuadé d’être appelé à changer le sort de l’humanité. Il demeure négligé par les historiens et en retrait, étrangement, dans l’histoire chrétienne.

  1. L’empire de la vérité 

Constantin est l’architecte en chef de l’empire chrétien : construction de basiliques, églises,… Il commande à Eusèbe de Césarée cinquante copies du Nouveau Testament. Il entreprend également d’inscrire dans les paysage de Jérusalem, de Judée, de Galilée les traces de la vie du Christ. Il charge sa mère Hélène de cette mission archéologique d’inventer les lieux saints (construction de la basilique du St-Sépulchre, de celle de la Nativité à Bethléem,…)

337 : Mort de Constantin

Partage de l’Empire entre ses trois fils : Constantin II, Constant et Constance II. Leur politique conforte l’œuvre de Constantin et les faveurs continuent à être accordées à l’Eglise. Les empereurs semblent vouloir éradiquer définitivement le paganisme mais le dispositif répressif semble être surtout resté théorique.

353 à 361 : Constance II seul empereur après avoir fait assassiner toute sa famille et exilé son cousin Julien.

360 : A Lutèce, Julien est proclamé Auguste par son armée. Il devient seul empereur à la mort de Constance II. Julien entreprend de restaurer la tradition des dieux protecteurs de Rome, abroge toutes les mesures discriminatoires contre les païens et restitue leurs biens aux temples.

363 : Julien meurt au combat dans la guerre contre les Perses.

Et si Julien avait  eu le temps de régner ?

Jovien lui succède, puis Valentinien, Valens, Gratien, Valentinien II : ils remettent le christianisme au cœur des rouages de l’Empire. Les païens ne sont pas les cibles essentielles des autorités impériales s’ils ne se comportent pas trop ostensiblement. Car le système législatif romain veut avant tout éviter le désordre.

379 : Théodose monte sur le trône. Constantinople, capitale de l’Empire, future Byzance, future Istanbul, est couverte de monuments à la gloire du christianisme.

28 février 380 : Théodose prend un édit qui vise à faire du christianisme l’unique religion de l’Empire romain, d’Orient en Occident.

381 : Concile de Constantinople, convoqué par Théodose. Ce concile doit confirmer la règle de la consubstantialité du Père et du fils auquel s’adjoint le Saint-Esprit dont il n’avait pas été question à Nicée. Un édit impérial forcera la décision solennelle des évêques !

391 : Théodose décrète l’interdiction du paganisme ainsi que l’interdiction générale des cultes et des sacrifices dans les temples (pour l’Occident, élargie à tout l’Empire). Peu à peu s’impose le respect des jours fériés, des fêtes chrétiennes,… Si Théodose rompt avec la tolérance, c’est que l’orthodoxie chrétienne doit être le ciment de l’Empire, la société entière doit être christianisée sous peine de s’effondrer. La chasse aux hérétiques, aux dissidents est lancée : ariens, eunomiens, photiniens, mélitiens, nestoriens, manichéens,… Priscillien, décapité à Trêves en 386, qui prônait un christianisme ascétique et rigoriste sera la première victime chrétienne du christianisme.

390 : L’évêque de Milan Ambroise s’oppose à l’empereur Théodose après le massacre de Thessalonique (le pouvoir temporel doit être soumis au pouvoir spirituel, l’empereur à l’évêque). L’évêque triomphe. Il annonce ce que l’on nommera à partir de Bernard de Clairvaux, au XIIe siècle, « la théorie des deux glaives » : c’est le pape qui détient les « deux glaives », il confie à l’empereur son glaive temporel, au nom de son « glaive » divin.

Cette évolution suscite des résistances internes : le monachisme (attitude de retrait ascétique, qui s’organise à partir du IVe siècle) dont les figures importantes sont : Antoine, le « père » du mouvement et Pachôme, fondateur du cénobitisme. Le monachisme se présente comme un contre-pouvoir, une force d’opposition latente, une dissidence interne.

Evolution lente, complexe, diffuse donc !

Mais le paganisme survivra, longtemps, toujours sans doute… On le retrouve jusqu’à aujourd’hui enfoui sous le culte des saints et des martyrs, le goût des reliques, les dévotions et les superstitions.

529 : Justinien impose aux païens d’être baptisés et instruits dans « la vraie foi des chrétiens »

Vers 530 : le monachisme sera définitivement intégré à l’église par la règle de Saint Benoît qui définit le cadre très strict de la vie en commun et la liturgie autorisée. De rebelles, les moines se transforment en miliciens de la puissance ecclésiastique.

24 août 410 : Mise à sac de Rome par les Goths d’Alaric. Il doit être considéré comme une victoire du christianisme, une correction salutaire à l’égard des Chrétiens qui ne sont pas assez ardents à convertir les impies, pas assez purs, trop tièdes dans leur foi.

413 à 122 : Augustin entame une réflexion de grande envergure : La Cité de Dieu. Il s’agit d’un ouvrage de théologie politique qui veut donner un fondement rationnel à la révélation, démontrer que le Bien prime sur la vérité, la foi sur l’intelligence, capable de transcender des événements factuels  comme le sac de Rome par exemple. Ce sera en 1467 le premier livre imprimé en Italie.

  1. En attendant Jésus

« Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Evangile ».

Nous ne pouvons parler du succès du christianisme que dans la mesure où il a réussi…

Quelques réflexions :

-Il s’est imposé lentement.

-Quoique minoritaire, le mouvement était profond, solidement implanté dans toutes les strates de la société, dans les villes d’abord, ensuite dans les campagnes.

-L’apport des intellectuels lui a conféré ses lettres de noblesse. Il l’a surtout rendu visible.

- L’adhésion et l’apport de Constantin ont été considérables.

-Le christianisme offrait une clé d’explication du monde plus simple, plus rationnelle ainsi qu’une exigence spirituelle et morale élevée.

-Elle s’est imposée comme facile d’accès, sans distinction de sexe, classe, race.

-Il met en place un système d’aide aux démunis (geste de l’aumône).

-Il développe des réseaux de communication (utilisation du codex).

-Il y avait déjà un « monisme » chez les penseurs de l’Antiquité. Mais la force du christianisme a été de proposer une voie capable de conduire les pêcheurs au salut.

-Le christianisme primitif est une religion sans images (comme le judaïsme). Les premiers Pères de l’Eglise sont d’ailleurs ouvertement hostiles à toute forme d’art.

Cependant le christianisme va transgresser l’interdit : l’iconographie chrétienne sera « la Bible des illettrés ». On peut distinguer 3 grandes orientations dans l’iconographie chrétienne :

1.    orientation de foi (signifier, offrir des images à adorer)

2.    orientation pédagogique (illustrer des épisodes évangéliques. Réalisme vers 1300 quand le crucifié a été dénudé, fouetté, martyrisé,…)

3.    orientation idéologique (invention du perizonium pour cacher les parties génitales de Jésus mais surtout son appartenance à la race de David ; Jésus de moins en moins sémite ; Pilate à l’inverse transformé en potentat juif).

-Après la Seconde guerre juive, la rupture est engagée entre juifs et chrétiens. Dès le IIe siècle, les traités contre les juifs se multiplient (Tertullien, Grégoire de Nysse, Cyrille d’Alexandrie, Théodoret de Cyr).  Jean Chrysostome sera le plus vif. Il reprend notamment dans son Homélie sur la Pâque (160-170), l’accusation de « peuple déicide » portée pour la première fois par Méliton de Sardes. Paradoxe ! Il aurait fallu faire des Romains le soi-disant peuple déicide ! Mais les juifs ne sont pas devenus chrétiens et les Romains se sont convertis… Des siècles après, en 1543, Luther décuple la haine. Karl Jaspers, philosophe allemand, y voyait par avance l’ensemble du programme nazi. Et l’antijudaïsme théologique se mue en antisémitisme racial.

- Jusqu’au VIe siècle, le christianisme fut plus oriental qu’occidental (Asie Mineure, Egypte, Syrie, Afrique du Nord). Les peuples qui étaient chrétiens sous la domination romaine deviennent presque aussitôt musulmans sous la domination arabe. La foi ne dépendrait-elle que de celui qui exerce le pouvoir militaire et politique ?

-1054 (Sac de Constantinople) : Schisme, rupture entre les deux Eglises rivales.

-Que nous y croyions ou pas, nous sommes dans le christianisme, nous nous définissons par rapport à lui.

- Le christianisme a réussi à propager l’idée qu’il était une religion d’amour (tourné vers les pauvres et les déshérités et payé du sang des martyrs) mais son histoire ne l’a pas vraiment confirmé !

Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue (Alfred Loisy, 1857-1940).

Cf. http://alfred.loisy.free.fr/; http://ambrieres.artio.fr/histoire_culture/abbe_loisy/index.html;

Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, Jésus sans Jésus, La christianisation de l’Empire romain, Paris, Editions du seuil/ Arte éditions, 2008.

 

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28 juin 2009

W. D. WETHERELL, Un siècle de novembre (2004)


Un_si_cle_de_novembreDe jeunes recrues buvaient de la bière pour célébrer le miracle : contre toute attente, leur vie ne s’arrêterait pas à dix-huit ans.

C’est à l’automne 1918 que se termine la grande guerre, celle que l’on a appelée aussi la « guerre des tranchées » et qui causa des milliers de morts.

Alors qu’il vient à peine de perdre sa femme emportée par la grippe espagnole, Charles Maerden, un magistrat de Vancouver, reçoit une lettre officielle lui annonçant la disparition de son fils le caporal William C. Maerden au cours d’un assaut en Flandre. Il entreprend alors un périple de Vancouver à Halifax, puis la traversée de l’Atlantique jusqu’à Southampton et ensuite de Londres à Calais, puis, sur le continent, vers Amiens, Poperinge et enfin Ypres pour trouver l’endroit où son fils le caporal William C. Maerden, du régiment d’infanterie légère canadien de la Princesse Alexandra, est tombé. Il comprend rapidement qu’il n’est pas seul et qu’une jeune femme Elaine le précède sur les routes de la Somme et de la Flandre dévastées...

J’avais accepté la lecture et la critique de ce livre sans grand enthousiasme. La guerre ne me tentait pas. Je craignais le « pathos » dans lequel pouvait tomber un écrivain qui suit un père sur les pas des derniers instants de son fils.

Ce fut finalement une bien belle découverte : un récit dense, juste, toujours émouvant et souvent poignant, bien construit, des phrases chocs que l’on a envie de recopier pour mieux s’en souvenir, l’émotion, les très longues et très belles descriptions des paysages ravagés, les pèlerins qui convergent vers les premiers cimetières et la quête d’un père sur les traces de son fils mort-disparu.

C’est un livre fort ! C’est un livre porteur d’espoir malgré tout !

Je l’ai refermé bouleversée...

W.D. WETHERELL, Un siècle de novembre, Paris, Le livre de poche 31158, 2008.

D’autres critiques :

http://fabulabovarya.canalblog.com/archives/2009/06/22/14175546.html

http://aproposdelivres.canalblog.com/archives/2009/06/02/13927484.html

L’auteur : Walter D. Wetherell, né en 1948, est l’auteur de plusieurs romans : "Morning", "Chekhov’s Sister"et de nouvelles. "A Century of November" a été publié en 2004 aux Etats-Unis. Il a été unanimement salué par la critique et a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du Michigan.

Je remercie vivement BOB et Le Livre de Poche pour cette lecture.




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27 juin 2009

Henry BAUCHAU, La lumière Antigone (2009)

J’avais déjà lorgné sur ce petit livre et voilà qu’il m’est offert par Majanissa dans le cadre du swapomythes.  Majanissa avait remarqué ma passion pour Henry Bauchau, écrivain belge, né à Malines en 1913 qui s’est plongé dans une relecture des mythes en y mêlant psychanalyse et connaissances historiques et mythologiques (« Œdipe sur la route », « Diotime et les lions », « Antigone »).

« La lumière Antigone » est un long poème composé par Henry Bauchau pour l’opéra de Pierre Bartholomée représenté à Bruxelles au théâtre de la Monnaie en avril 2008.

Je vous laisse vous imprégner (p. 23)...

Œdipe en s’aveuglant

Est devenu aède, est devenu voyant

Ses fils se sont entretués

Antigone en assurant

Les funérailles du vaincu

Que devaient dévorer les bêtes

Ne s’est pas inclinée

Devant la loi des mâles

Ensevelie vivante, emmurée

Elle demeure victorieuse

Son image et sa parole

Ont traversé les millénaires




Henry BAUCHAU, La lumière Antigone, Arles, Actes sud, 2009.

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07 juin 2009

Hermann HESSE, Demian (1919)

DemianVais-je oser dire que je n’ai pas trop aimé « Demian », œuvre d’Herman Hesse, prix Nobel de Littérature en 1946 ? L’admiratrice de « Siddhartha », de « Peter Camenzind » et surtout de « Narcisse et Goldmund » que je suis n’a pas hésité un instant quand elle a vu ce petit roman à la devanture d’une librairie mais n’est pas totalement séduite... 

C’est l’homme à la poursuite de lui-même qui est le thème de ce roman, l’homme qui doit trouver lui-même, au terme d’un long parcours initiatique, ce pour quoi il est fait dans la vie.

Deux mondes

Emile Sinclair est un jeune homme de bonne famille. Il a dix ans. Il vit dans le monde tendre, rassurant, clair et juste de la maison paternelle mais il pressent qu’il existe un « autre monde » complètement différent. Il vit dans cet autre monde l’expérience de la méchanceté (racket) et devient, par la suite, extrêmement froid, renfermé et ne prend plus part à la paisible existence familiale.


Caïn

Arrive au gymnase un jeune homme orphelin de père nommé Max Demian. Ce beau jeune homme charismatique délivre Sinclair de son tourmenteur. Sinclair retrouve la sécurité de l’enfant choyé, dépendant de ses parents.


Le larron

Sinclair grandissant prend conscience que le monde sombre, l’autre monde manifeste de nouveau sa présence. Des brèches apparaissent dans sa foi religieuse. Demian est toujours ce camarade de classe charismatique et fascinant. Leurs discussions portent sur la religion, la métaphysique avec un long passage consacré notamment au Golgotha, récit biblique des souffrances et de la mort de Jésus.


Béatrice

Les deux amis Demain et Sinclair sont séparés par les vacances. Puis Sinclair est placé en pension. Il découvre la boisson et l’ivresse ; sa vie s’écoule en orgies destructrices. Il se montre empli de cynisme mais au fond de lui-même s’agite une âme angoissée et désolée. Il rencontre une élégante jeune femme qui occupe un moment ses pensées mais doit bien constater que quand il cherche à reproduire ses traits par le dessin, c’est l’image de Demian qui apparaît...


L’oiseau cherche à se dégager de l’œuf

« L’oiseau cherche à se dégager de l’œuf. L’œuf est le monde. Celui qui veut naître doit détruire un monde. L’oiseau prend son vol vers Dieu. Ce dieu se nomme Abraxas. » C’est la réponse de Demian à Sinclair à la réception d’un dessin d’oiseau de proie au bec acéré, émergeant d’une sphère terrestre qu’il lui a fait parvenir. Demian fait la connaissance du musicien Pistorius qui lui apprend ce qu’il sait d’Abraxas.


Le combat de Jacob

Sinclair fait un grand pas sur le chemin de  lui-même. Pistorius et lui se retrouvent à l’église où Pistorius est organiste. Les paroles de l’organiste touchent Sinclair car elles sont en harmonie avec ce que Demian lui disait jadis. Il rencontre un camarade Knauer, ardent défenseur de la chasteté dans la spiritualité, qu’il sauve du suicide et qui disparaît di chemin de Sinclair sans que ce dernier l’aie regretté. Ses relations avec Pistorius changent également et Sinclair n’a plus de guide.


Eve

Au cours des vacances suivantes, Sinclair cherche à revoir son ami. Alors qu’il mène son enquête pour retrouver Demian et sa mère qui ont déménagé, une de leurs anciennes voisines montre à Emile Sinclair la photographie d’Eve, la mère de Demian en qui Sinclair reconnaît le visage de ses rêves. Mais voilà que le hasard d’une rencontre remet les deux amis sur la route l’un de l’autre, que Demian reconnaît son ami perdu de vue car il est porteur du signe et que Sinclair rencontre Eve.

Mon amour pour Eve remplissait toute ma vie présente. Mais, à chaque jour, il prenait une forme différente. Parfois, je croyais sentir très nettement que ce n’était pas par sa personne que j’étais attiré, mais qu’elle n’était qu’un symbole de mon être intérieur et qu’elle ne voulait que me guider jusqu’aux profondeurs les plus secrètes de moi-même. Souvent, ses paroles me semblaient être des réponses de mon inconscient à des questions brûlantes qui me tourmentaient. Et puis, il était des moments où, à ses côtés, j’embrassais les objets qu’elle avait touchés. Et, peu à peu, l’amour sensuel et l’amour idéal, la réalité et le symbole se fondirent. Alors il m’arrivait, lorsque j’étais dans ma chambre et pensais à elle, avec une tendresse paisible, de croire sentir avec certitude sa main dans la mienne et ses lèvres sur les miennes. Ou bien, j’étais à ses côtés, je la regardais, je lui parlais, j’entendais sa voix et ne savais plus si elle était réelle ou bien si elle n’était qu’un rêve. Je commençai à pressentir qu’il est des amours qui sont durables, immortelles. Lorsque je lisais un livre qui m’avait enrichi, j’avais la même impression que si Eve m’eut donné un baiser et, quand elle caressait mes cheveux et me souriait, et que la chaleur et le parfum de sa présence me pénétraient, j’éprouvais le sentiment d’avoir accompli un progrès intérieur. Tout ce qui était important pour moi, tout ce que je sentais comme appartenant à ma destinée pouvait prendre sa forme. Elle pouvait se transformer en chacune de mes pensées et chacune de mes pensées, prendre ses traits. (p. 250-251)


Le commencement de la fin

Sinclair passe l’été chez Demian et sa mère. Eve et lui sont souvent seuls. Il est profondément heureux mais parfois, au milieu de ce bonheur, l’envahit un sentiment de tristesse profonde en pensant que ce bonheur ne peut pas durer.

La première guerre mondiale éclate bientôt. Demian rejoint le front, suivi quelques mois plus tard de Sinclair. Malgré les sensations nouvelles qu’il vit, tout le déçoit. Blessé, il lui semble que Sinclair est à ses côtés mais au matin il se réveille auprès d’un inconnu. Quand il descend au fond de lui-même, Sinclair ne voit que l’image de son ami et de son guide...

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J’ai pu lire que « Demian » est un roman de formation et l’un des chefs d’œuvre de ce genre littéraire. Si les premières pages m’ont enthousiasmée, c’est cependant avec quelque lassitude, agacée par les redites et les longueurs, que j’ai continué ma lecture avant que les derniers chapitres ne donnent au roman un nouveau souffle.

Nous sommes encore bien loin des chefs d’œuvre d’Hermann Hesse évoqués plus haut. Mais ce roman reste intéressant pour les thèmes de l’initiation et de la réalisation de soi qu’il développe et pour l’étude de l’œuvre du grand écrivain.


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Hermann HESSE, Demian, Paris, Stock, 2008, 277 p.

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02 mai 2009

Erik ORSENNA, La grammaire est une chanson douce (2001)

La_grammaireAprès Alice au pays des merveilles, voici Jeanne au pays des mots…

Jeanne, dix ans, voyage beaucoup avec son frère aîné Thomas, quatorze ans. Leurs parents, divorcés, vivent chacun d'un côté de l'Atlantique. Un jour qu'ils se rendent en Amérique, Jeanne et Thomas sont pris dans une tempête et leur bateau fait naufrage. Seuls rescapés, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue. C'est alors qu'ils réalisent qu'ils sont devenus muets, privés de mots : ils ne peuvent plus parler ! Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils vont découvrir un territoire magique, où les mots sont des êtres vivants, où ils ont leur ville, leurs maisons, leur mairie et leur… hôpital !

Voilà une très belle fable sur les mots. De très remarquables passage sur La Fontaine et sur les catégories grammaticales. Et une source de réflexion pour le professeur que je suis. Comment enseigner la grammaire sans nuire au texte et à la pensée d’un auteur? Il y a d’ailleurs dans cet ouvrage un très joli clin d’œil aux professeurs chargés d’étudier le « glossaire »...


Merci à Toinette qui a parlé de ce livre dans son blog il y a déjà plus d'un an et m'avait donné l'envie de le lire !




Erik ORSENNA, La grammaire est une chanson douce (2001). Disponible en livre de poche 14910.


L'auteur : Erik Orsenna, de son vrai nom Erik Arnoult, est un romancier, un intellectuel, un académicien français, né à Paris en 1947. Il a reçu le Prix Goncourt en 1988 pour L'Exposition Coloniale.

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30 avril 2009

Jacqueline HARPMAN, En toute impunité (2005)

En_toute_impunit_Jacqueline Harpman est l’un de mes écrivains préférés. Au cours de mes différentes lectures, j’ai pu mettre en évidence des éléments récurrents dans son œuvre : l’amour pour le XIXe siècle, l’intérêt pour l’architecture, pour le développement psychologique des personnages, et pour Bruxelles. « En toute impunité » reprend plusieurs des préoccupations de l’auteur.

Il aurait pu aussi avoir pour titre « Le bonheur dans le crime », un précédent roman de Jacqueline Harpman (1993). Ce titre était alors inspiré, comme ici, par la nouvelle de Jules Barbey d’Aurevilly, tirée des Diaboliques dont Jacqueline Harpman est une fervente admiratrice et qui illustre que le crime peut contribuer au bonheur...

Ce précédent roman de Jacqueline Harpman ainsi que la nouvelle de Barbey d’Aurevilly sont d’ailleurs constamment présents et cités dans ce nouveau roman comme de fréquents clins d’yeux au lecteur fidèle ou à l’amoureux du XIXè siècle.

« Le bonheur dans le crime » n’était autre que la mise en vie d’une demeure située dans le Bois de la Cambre et réinventée d’après les plans de Pierre Puttemans tandis que dans « En toute impunité », la rencontre de notre architecte-narrateur et des Dames de a Diguière a lieu par hasard dans un lieu qui n’est pas cité (et qui est laissé à l’imagination du lecteur) suite à une panne de voiture au beau milieu de la nuit.

C’est ainsi que le narrateur va trouver refuge dans un domaine du XVIIIe siècle, proche de la route. Séduit par la beauté de la demeure et par la personnalité de ses propriétaires, il y reste quelques jours et se trouve mêlé à leur intimité. Ce qu’il va y découvrir va le troubler, le surprendre, l’épouvanter...

Le choix du titre « En toute impunité » se place du point de vue des adorables ( ?) propriétaires désargentées qui tentent de sauver leur domaine. J’avais personnellement en tête au cours de ma lecture les mots « En toute lucidité » qui expriment le point de vue de leur sauveur, Louis Fontanin, animé de tant de « bonnes intentions ».

Comme toujours chez Jacqueline Harpman, rien dans la psychologie des personnages n’est laissé au hasard et j’ai personnellement été profondément touchée par l’analyse de toutes ces bonnes intentions...

Dans ce temps délicieux, quand on raconte une histoire vraie, c’est à croire que le Diable a dicté... (J. Barbey d’Aurevilly)

Jacqueline HARPMAN, En toute impunité, Paris, 2005 (Le livre de poche 30646)

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26 mars 2009

Vincent ENGEL, Mon voisin, c'est quelqu'un (2002)

Mon_voisin__c_est_qqnOtto, aquariophile, est un homme qui n’aime pas se poser de question.

C’est pourquoi, quand il rencontre (par hasard ?) son voisin avocat, le puissant, riche et charismatique Jorg von Elpen (inversez les syllabes), il ne s’en posera pas...

Quand son impressionnant voisin le sollicitera pour une visite de travail au château, il continuera à ne pas s’en poser... Quand il emportera, par mégarde, une enveloppe qu’il ne pourra rendre à son voisin, il aura définitivement mis le pied dans un engrenage diabolique...

Mais comme Otto ne se pose pas de question. 

Evidemment il sait qu’il y a des choses dont il ne peut s’entretenir avec son amie et voisine, Katrin, qui lui reproche son manque de vision politique.

Au travers de ce roman, c’est tout le procès de l’extrême-droite auquel se livre Vincent Engel. Ce qui m’a frappé dans le personnage d’Otto, c’est sa capacité d’amnésie : amnésie du passé familial, double oubli de « l’enveloppe », amnésie dans sa « réclusion » finale au château. Cette succession d’amnésies, qui suggère qu’après on peut commencer une nouvelle vie, me paraît un thème particulièrement important. Elle est liée à la passion d’Otto  pour les poissons : « j’ai plongé la tête dans l’aquarium. Tout a été noyé, et j’ai refait surface ». Mais l’oubli ne peut être total : les images hantent les nuits d’Otto... Le refus inconscient de voir une réalité peut être le terreau de l’extrémisme.

Un auteur belge...

C’est en 2002 que Vincent Engel, écrivain et professeur de littérature à l’UCL, publie ce roman sous le pseudonyme de Baptiste Morgan. 

Je connaissais l’auteur de nom : pour ses « chroniques » et parce qu’une de mes collègues, professeur de français, le fait lire aux élèves que nous avons en commun. Passant dans une librairie, j’ai saisi ce livre au hasard qui fait bien les choses ! J’ai eu l’occasion de rediscuter de ma découverte avec ma collègue qui m’a vivement conseillé du même auteur : « Oubliez Adam Weinberger » et « Retour à Montechiarro ». Je vole vers la librairie la plus proche...

Vincent ENGEL, Mon voisin, c’est quelqu’un. Nature morte V, Bruxelles, Editions Luc Pire, 2009 (1ère édition Paris, Fayard, 2002)

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27 février 2009

Stefan ZWEIG, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1927)

Vingt_quatreAu début du siècle, une petite pension sur la Riviera. Grand émoi chez les clients de l’établissement : la femme d’un des pensionnaires, Mme Henriette, est partie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée. Seul le narrateur prend la défense de cette « créature sans moralité ». Il ne trouvera comme alliée qu’une vieille dame anglaise très distinguée. C’est elle qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés en elle.

Mon deuxième « Zweig » (le premier était la biographie de Marie Stuart). Et un récit intense, haletant, rempli d’émotions et qui se lit d’une traite...

Remarquables sont les descriptions du visage et des mains du jeune joueur au Casino de Monte-Carlo !

Génial ! On y est, on vit, on vibre...

Excellent !

Stefan ZWEIG, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Paris, Le Livre de Poche 4340, 1992 (1929 : première traduction).

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23 février 2009

Luc FERRY, La Sagesse des mythes (2008)

Num_riser0024Dans « La Sagesse des mythes », Luc Ferry présente un à un les récits fondateurs de notre civilisation : la naissance des dieux et du monde, la naissance des dieux et celle des hommes (le mythe de l’âge d’or, Prométhée, Pandore), la sagesse d’Ulysse, l’Hybris (ou la démesure), les héros (Héraclès, Thésée, Persée, Jason), Œdipe et, enfin, la leçon de Dionysos et la spiritualité laïque.

Agréable lecture...

Mais...

Finalement, j’ose...

Luc Ferry est bien sûr un « personnage » mais ce n’est pas prétention ou vanité de ma part de dire que ce livre ne m’a rien appris...

Pour une fois, je suis mauvais public !
Mais à qui est-il destiné ce livre ? Aux filles de Luc Ferry ? L’auteur nous avoue que ce sont les histoires qu’il leur raconte (p. 46) et que le tutoiement au lecteur (qui personnellement me dérange un peu, d’autant plus qu’il n’est pas constant...) vient du fait qu’il doit penser à un interlocuteur précis pour écrire.

Mais ce livre est fort difficile d’accès pour des enfants !

S’adresse-t-il alors à un public cultivé qui souhaite se rafraîchir la mémoire ? Sans nul doute ! Mais certainement pas à un public averti qui voudrait se replonger dans les textes originaux : des citations sans références, pas de bibliographie. A peine quelques ouvrages sont-ils cités en guise de bibliographie: Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines, Paris, Seuil, 2002 ; Jacqueline de Romilly pour ses travaux sur la tragédie grecque ; Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie ; Timothy Gantz, Les mythes de la Grèce archaïque, Berlin, 2004  et... c’est tout...

Agréable lecture...

Et si...

Et si nous relisions Homère, Hésiode, Apollodore, Ovide et Jean-Pierre Vernant...

Tout simplement...

L’auteur :

Luc Ferry, né en 1951, est un philosophe français. Il fut, de 2002 à 2004, ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche (gouvernement Raffarin). Il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages.



Luc FERRY, La Sagesse des mythes. Apprendre à vivre, vol. 2, Paris, Plon, 2008, 408 p.

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17 février 2009

COLETTE, Dialogues de bêtes

Liane_FolyOn ne présente plus Colette (1873-1954), l’amoureuse, l’amie des animaux. Ce sont ses très beaux « Dialogues de bêtes » (1904) que j’ai eu, grâce à Antoinette Fouque, l’occasion d’écouter. La lecture est agrémentée de morceaux musicaux doux et paisibles : Introduction et allegro pour harpe, avec accompagnement d’un quatuor à cordes, d’une flute, d’une clarinette, de Maurice Ravel. Modulant sa voix suivant qu’elle se fait Toby-Chien ou Kiki la Doucette, Liane Foly nous offre une interprétation remarquable. Elle nous dresse les portraits d’un chien Toby, goguenard et sympathique, bon caractère et d’une chatte Kiki, rusée et capricieuse.

Premier dialogue :

Un après-midi au soleil à évoquer leurs maîtres, Elle et Lui, leurs occupations préférées, leur amours. Le dialogue se termine avec l’espoir d’une promenade.

Deuxième dialogue :

Une très belle description de l’atmosphère étouffante d’une journée d’orage et de pluie. On y est ! On se croit comme Toby sous l’armoire occupé à regarder tomber les grêlons. Enfin l’orage s’apaise et Toby a envie de bondir dans le jardin mais reste auprès d’Elle.

Troisième dialogue :

Toby-chien évoque ses souvenirs de « travail » : six semaines passées au music-hall avec Elle.

Quatrième dialogue :

Dans un jardin à Auteuil, une tortue fait le tour du jardin.

Colette



Colette, Dialogues de bêtes, lus par Liane Foly, Des Femmes (La Bibliothèque des voix), 2008.



Merci à Babelio!

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07 janvier 2009

Ondine KHAYAT, Le Pays sans Adultes (2008)

Le_Pays_sans_AdultesSlimane a onze ans, un frère Maxence qui représente tout pour lui, une mère qui travaille comme femme de ménage dans un hôtel et un père qu’il a surnommé « le Démon » parce que, quand il est en colère, il cogne…

Maxence et Slimane sont deux de ces enfants à qui leur père a volé leur enfance. Maltraités physiquement et psychiquement, il parviennent longtemps à développer le don précieux de magnifier la vie et de la rendre plus belle. Mais à ce jeu, le Démon sera le plus fort… pour un temps !

J’ai vraiment pleuré avec Maxence et Slimane. Quand le démon a trouvé du travail dans son costume de dimanche, j’ai aussi espéré avec eux que tout pouvait encore s’arranger…

Mais, un jour, Maxence n’a plus supporté la violence du Démon et la soumission de sa mère. Il s’est envolé au Pays sans Adultes… Slimane a voulu le rejoindre… Il va devoir apprendre à avoir envie de vivre…

Il y a beaucoup de poésie sous la noirceur qui se dégage de ce roman… Quelle fraîcheur se dégage des paroles de ces deux enfants maltraités !

- Max, ça vient d'où, l'amour?

- Normalement, c'est fourni à la naissance.

- Tu veux dire, comme une graine qu'on a plantée ?

- En quelque sorte.

- Et l'amour, ça va où?

- Ça allume des étoiles dans le ciel.

- Est-ce que si quelqu'un mangeait des étoiles, ça lui mettrait de l'amour dans le cœur?

- Peut-être.

- Il faudrait qu'on en donne au Démon, alors.

- Lui, pour que ça marche, il faudrait dévaliser le ciel et lui donner à manger toutes les étoiles de la galaxie.

- L'ennui, c'est qu'il y en aurait plus pour les autres, après. (p. 105)

La tristesse qui se dégage de se livre m’a fait verser de vraies larmes, la lente remontée de Slimane après sa tentative de suicide m’a touchée. Mais ce roman ne sonne pas tout à fait juste. Car on voudrait que toutes les histoires de maman et d’enfants battus se terminent comme celle-ci ! On voudrait qu’à Paris il y ait de gentilles dames qui s’inquiètent d’un enfant seul ! On voudrait que les « bons » soient récompensés de leur bonté et que les « méchants » sont châtiés ou, comme ici, soignés et pris en charge ! On voudrait que tous les enfants atteints d’un cancer s’en sortent ! Je crains que cela ne se passe pas toujours ainsi dans la vraie vie !

Malgré le côté mièvre, le lecteur est satisfait en refermant son livre : il a passé un agréable moment et est rassuré sur l’avenir de Slimane !

Je remercie vivement les Editions Anne Carrière et Chez les filles de m’avoir permis de lire ce livre.


Chez_les_filles


L’auteur : Ondine Khayat est née en 1974, d’une mère française et d’un père libanais et arménien. « Le Pays sans Adultes » est son deuxième roman.


Ondine KHAYAT, Le Pays sans Adultes, Paris, Editions Anne Carrière, 2008, 335 p.




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02 janvier 2009

Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos (2008)

EntheosQuel bonheur d’avoir pu découvrir ce premier roman de la Québecoise Julie Gravel-Richard. Ce fut une merveilleuse rencontre qui a failli ne pas se produire ! Voici comment…

L’année dernière, en congé pour plusieurs mois, je surfais beaucoup et visitais de nombreux blogs lorsque le hasard m’a permis de lire les billets de « Soleil en tête », puis, au fil des jours, de dévier sur « Soleil d’encrier », le second blog de l’auteur. Habitée par la même passion du livre et des langues anciennes que Julie Gravel-Richard qui est professeur de civilisations anciennes au cégep, j’ai continué à suivre, avec intérêt, la genèse, la conclusion du contrat, le choix du titre, le travail de correction de son livre.

Puis vint août, la parution d’ « Enthéos » et le moment – enfin !- de pouvoir se procurer l’ouvrage. Impossible ! Les éditions du Septentrion ne livrent pas en Belgique. Mais c’était sans compter sur la gentillesse de ma fille et de Simon que je remercie encore de tout cœur, d’avoir fait en sorte que ce livre se trouve entre mes mains !

Sous un titre déjà évocateur pour celui qui connaît le grec, « Enthéos » (théo- représente l’idée de divinité), c’est-à-dire habité par le divin, enthousiasmé, il y a un récit sensible, intelligent et érudit.

L’histoire se passe au Québec. Un jeune et brillant étudiant, Thomas, un peu misanthrope, cherche sa voie. Suite à un drame personnel (la mort de son frère), il a perdu la foi, abandonne ses recherches en théologie pour le grec ancien. Mais cette nouvelle orientation, il la suit sans enthousiasme, pressé de se jeter dans les textes grecs et dans les études pour mieux fuir. Il est poursuivi toutes les nuits par des cauchemars où apparaît la Grande Courtisane, personnification de la Femme, sous les traits d’Elsa Fontaine, son professeur de grec.

C’est grâce à son directeur Normand Lamarche mais surtout à la lumineuse figure d’Elsa Fontaine, son professeur de grec, spécialiste d’Euripide (passion contre raison) que Thomas va retrouver un sens à sa vie et renaître.

Il ne faut pas en dire plus car Julie Gravel-Richard mène son récit sur le rythme de l’intrigue et les éléments sont dévoilés au fur et à mesure… Il est très probable que vous serez surpris !

Tout au long de ce roman, on suit bien entendu les vies de Thomas et Elsa Fontaine mais aussi leur recherche du bonheur, du moins d’un certain équilibre, ainsi que leur réflexion sur la mort. La mort est omniprésente dans ce roman, mort par suicide, mort par maladie ; ce thème ouvre tout naturellement sur un autre thème, celui du sens de la vie…

La religion, la mort, la vie, la passion, la raison,… Tous ces grands concepts qui mènent nos existences sont donc abordés. Le style est saccadé, haletant ; ces courtes phrases m’ont troublées mais épousent bien la pensée rapide et sensible des héros. Une écriture étonnante et légère pour un roman profond, une syntaxe impeccable et un vocabulaire choisi et précis.

Nous sommes tous un jour des « Thomas »…

Et ce livre m’a donné aussi l’envie de relire le fabuleux livre d’André Gide, « Les Nourritures terrestres ».

L’extrait

« Il lui a fallu quelques heures de relecture pour trouver, enfin, la phrase de Gide qui résume le mieux son état d'esprit du moment. « Si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.» Voilà comment il voudrait résumer sa vie. Un jour. L'orientation qu'il souhaite pour lui-même. Même si cela se fait dans la souffrance. Car brûler implique une souffrance. Et une perte aussi.

Ils sont tous silencieux. Méditant les mots de Thomas. Un peu gris, aussi. Chacun regardant le fond de son verre. Hésitant, maintenant, à briser ce silence impromptu.»




http://www.septentrion.qc.ca/septentrion/2008/07/julie_gravelrichard_presente_e.php

Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos, Sillery, Editions du Septentrion (coll. Hamac), 2008, 260 p.

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28 décembre 2008

Emmanuelle LABORIT, Le Cri de la Mouette (1994)

Cri_de_la_MouetteC’est tout à fait par hasard que j’ai lu ce « Cri de la Mouette », paru en 1994 chez Robert Laffont. En effet, il faisait partie de la liste de livres imposés à mon fils par son professeur de français. Ce fut, pour moi, une véritable découverte du monde des sourds.

Emmanuelle Laborit  a composé un récit autobiographique, poignant témoignage de ses combats.

Elle naît en 1972, sourde profonde. Ses parents la surnomment la mouette à cause des cris qu’elle pousse. Durant son enfance, tout est pour elle « tiffiti », difficile : avec l’aide d’une orthophoniste, elle parvient à prononcer quelques mots audibles mais souffre de ne pas pouvoir communiquer avec son entourage. A sept ans, elle découvre la langue des signes et le monde s’ouvre à elle. Elle est rieuse et bavarde. Elle se révolte devant l’incompréhension des entendants pour les sourds, devant l’obligation, à l’école, d’oraliser, alors que la langue des signes est si riche et permet à tous, sourds ou non, de se comprendre. Son adolescence est particulièrement difficile mais elle parvient à réagir, passe son bac et fait du théâtre. Elle sera la première comédienne sourde à recevoir, en 1993, le Molière du théâtre pour son interprétation du rôle de Sarah dans « Les Enfants du silence ».

Ce très beau récit m’a permis d’entrer en contact avec un monde inconnu et de suivre pas à pas la vie, les progrès, les espoirs, les embûches et les chagrins de la jeune Emmanuelle Laborit. Le livre se lit d’une traite, avec passion, tant il est « fort » et porteur d’espoir.

Dans la vie, Emmanuelle Laborit est aussi la petite-fille du grand biologiste Henri Laborit (1914-1995) dont elle parle un peu dans son livre et dont les travaux sur le conditionnement sont à la base du film « Mon Oncle d’Amérique » d’Alain Resnais (1980). Depuis 2003, elle est à la tête de l’International Visual Theatre.





Emmanuelle LABORIT (avec la collaboration de Marie-Thérèse CUNY), Le Cri de la Mouette, Paris, Robert Laffont, 1994; Pocket 10033, 2007. 

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09 décembre 2008

Nathalie RHEIMS, Le Chemin des sortilèges (2008)

Le_Chemin_des_sortil_gesLe roman d’un deuil

Dans une petite ville de province, des années après leur séparation, « elle » retrouve Roland. Roland fut l’amant de sa mère, Roland fut psychiatre. Il s’est retiré voilà dix ans… Dans la chambre qu’elle occupera tout au long de ce retour dans le passé, il dépose chaque jour, un nouveau conte de fée. Cendrillon, Blanche-Neige, le petit Poucet, le petit Chaperon rouge, la petite Sirène, tous ces contes, correspondent au chemin qu’elle doit parcourir pour se trouver, pour devenir adulte, au travail à accomplir pour se libérer des sortilèges du passé (une origine non reconnue, une mère et un frère morts, …).

Une construction impeccable, une très belle écriture, un récit mené tout en mystères dans lequel on se sent plonger entièrement constituent les points forts de ce récit introspectif.

Malheureusement, le sentiment de « tourner en rond » s’installe rapidement, l’immobilisme de l’analyse devient pesante et s’accompagne de l’envie de quitter au plus vite cet univers oppressant.

Heureusement, la fin, éclairée par la petite fille aux allumettes, me réconcilie avec ma lecture : « Non, il faut vivre encore. Vous n’avez pas terminé… » (p. 177). Et dénoue les interrogations qui avaient surgi tout au long du récit.

L’auteur :

Nathalie Rheims, fille de l’académicien Maurice Rheims, est née à Paris en 1959. Le Chemin des sortilèges, publié aux éditions Léo Scheer est son dixième roman.


Je remercie Suzanne de Chez-les-filles.com et les éditions Léo Scheer pour cette lecture.

Chez_les_filles

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16 novembre 2008

Guillaume MUSSO, Parce que je t'aime (2007)

  Parce_que_je_t_aime                                  

Un coup dans l’eau…

Parce que Musso est un auteur à la mode et qu’il faut lire, je me suis décidée à ouvrir un de ses romans. Facile à lire, rapide (100 pages en une heure, chez le coiffeur), j’étais déjà décidée à l’abandonner…

L’histoire de Layla, cette petite fille de 5 ans disparue dans un centre commercial de Los Angeles me paraissait se diluer dans le récit de la vie d’Evie, d’Alyson et de Connor… Un moment, le personnage du papa Mark m’avait touchée mais ne me retenait plus. Pffff ! C’est alors que ma fille est intervenue pour me conseiller de le lire jusqu’au bout. Même s’il fallait y penser et si on peut saluer l’imagination de l’auteur et son sens de l’intrigue, je vous avoue qu’en le refermant, ma première pensée a été : « C’est tordu !».

Je résume cette lecture en quelques mots : je lis, je referme et j’oublie !

L’auteur :

Guillaume Musso est un auteur français, né en 1974. Professeur d’économie et écrivain, il est l’auteur de romans psychologiques à suspense : « Skidamarink » (2001), « Et après… » (2004), « Sauve-moi » (2005), « Seras-tu là » (2006) et le dernier « Je reviens te chercher » (2008).

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02 novembre 2008

Un prix...?!

Merci, Sybilline, pour ce prix...

I_love_your_blog

http://sybilline.canalblog.com/archives/tags_etc___/index.html

 

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30 octobre 2008

Rawi HAGE, De Niro's Game (2008)

De_Niro_s_gameLes bombes pleuvaient et moi j’attendais Georges.

Mon regard aurait glissé sur ce livre si Violaine de « Chez les Filles » ne me l’avait proposé en lecture. Je lui adresse tous mes remerciements. Pourquoi donc n’aurais-je pas prêté attention à ce roman ? C’est qu’il évoque le Liban et la guerre, thèmes vers lesquels je ne me serais pas spontanément dirigée… Et pourtant, quel roman !

J’ai mis quelques chapitres à comprendre le titre. « De Niro’s Game » fait allusion à la scène du film « Voyage au bout de l’Enfer » dans laquelle Robert De Niro joue à la « roulette russe » avec un révolver…

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire comment Bassam et Georges, deux amis d’enfance, vont, dans Beyrouth bombardée, vivoter de petits boulots et de menus larcins, imaginer de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille dans l’espoir d’un avenir meilleur. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire, dans un style très sec, rythmé et martelé comme les bombes qui tombent sur le Liban, les descriptions de Rawi Hage, si fortes et si réalistes qu’on s’y croit !

Les rencontres, la peur, les résignations, les bombes, la drogue, les filles, les colères, les immeubles en ruine, les morts, … tout y est !

Bassam rêve de partir à l’étranger. Georges, de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne, finira par trahir son ami. Bassam, enfin à Paris, rencontre la belle-mère et la demi-sœur de Georges, il sera rattrapé par l’histoire de son pays. Mais il ne faut pas en dire plus, il ne faut pas dévoiler l’innommable. C’est un roman dur, un roman terrible, un roman inoubliable!  

L’auteur :

Rawi Hage, né à Beyrouth-Est en 1964, a survécu à neuf ans de guerre civile. Il a immigré au Canada en 1992. Il pratique avec succès l’écriture et les arts visuels. Son premier roman « Parfum de poussière » a obtenu de nombreuses récompenses.

Rawi HAGE, De Niro’s Game, traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot, Paris, Denoël & D’ailleurs, 2008.

Lire aussi :
http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/10/23/de-niro-s-game-de-rawi-hage_1110114_3260.html

Chez_les_filles

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