Nous sommes en 2011 à Rome. Le Panthéon, symbole de la tolérance religieuse puisqu’il était dans l’Antiquité consacré à tous les dieux, vient d’être frappé par un attentat non revendiqué.

Sur les lieux, un étranger qui se dit être Flavius Claudius Julianus, l’empereur Julien, qui a régné de 362 à 365, plus connu sous le surnom d’apostat que lui ont donné les Chrétiens (un apostat est celui qui abandonne publiquement une religion) déclare « Attention, un petit groupe de fanatiques résolus peut mettre fin à une civilisation millénaire. Cela s’est déjà vu… Je suis payé pour le savoir. »

Neveu de Constantin, premier empereur romain (306-337) à se convertir au christianisme, Julien le Philosophe ou Julien II est élevé à l’écart de la cour et dans la nouvelle religion. C’est en son nom qu’il voit successivement mourir assassinés son père, sa mère, et ensuite son frère aîné Gallus. Il se convertit alors secrètement à l’ancienne religion polythéiste et se livre à des études de philosophie.

En 355, son cousin l’empereur Constance II l’envoie en Gaule avec le titre de César ou vice-empereur, une promotion qu’il juge dangereuse. Il fait de Lutèce (Paris) sa capitale. Bon administrateur, bon soldat, il repousse les invasions des Alamans et des Francs et est, en 360, proclamé empereur à part entière par ses soldats.

Constance refuse le fait accompli. Julien marche contre lui, vers l’Orient mais il n’y aura pas de bataille car Constance meurt en 361. Julien, devenu maître de l’empire romain tout entier, affirme alors rapidement sa préférence pour le paganisme et son hostilité au christianisme, religion monothéiste, exemple parfait d’intégrisme religieux.

Au travers de la vie, du règne, des combats philosophiques de l’Apostat, ce sont l’intolérance, les fanatismes et les terrorismes religieux de toutes époques et espèces, tous ces forfaits, tous ces crimes commis au nom d’un dieu unique quel que soit son nom que Régis Debray dénonce.

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Statue de Constantin, Rome, Musée du Capitole

Nous avions hier soir la chance d’avoir dans la salle l’auteur Régis Debray lui-même qui s’est laissé interroger par le célèbre critique belge Jacques De Decker.

Régis Debray nous a parlé de son dernier livre « Un candide en Terre sainte » paru en février dernier. Ensuite l’auteur nous a présenté le texte que nous allions entendre. Il nous a notamment confié comment en son texte initial, dense, touffu, à la distribution nombreuse avait été « resserré » et épuré par le metteur en scène Jean-Claude Idée.

Cette lecture était assurée par Jean-Claude Frison dans le rôle de Julien.

Du grand art…

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Pièce de bronze représentant Julien l'apostat

Régis DEBRAY, Julien le Fidèle ou le banquet des démons, Paris, Gallimard, 2005.