28 décembre 2008
Emmanuelle LABORIT, Le Cri de la Mouette (1994)
C’est tout à fait par hasard que j’ai lu ce « Cri de la Mouette », paru en 1994 chez Robert Laffont. En effet, il faisait partie de la liste de livres imposés à mon fils par son professeur de français. Ce fut, pour moi, une véritable découverte du monde des sourds.
Emmanuelle Laborit a composé un récit autobiographique, poignant témoignage de ses combats.
Elle naît en 1972, sourde profonde. Ses parents la surnomment la mouette à cause des cris qu’elle pousse. Durant son enfance, tout est pour elle « tiffiti », difficile : avec l’aide d’une orthophoniste, elle parvient à prononcer quelques mots audibles mais souffre de ne pas pouvoir communiquer avec son entourage. A sept ans, elle découvre la langue des signes et le monde s’ouvre à elle. Elle est rieuse et bavarde. Elle se révolte devant l’incompréhension des entendants pour les sourds, devant l’obligation, à l’école, d’oraliser, alors que la langue des signes est si riche et permet à tous, sourds ou non, de se comprendre. Son adolescence est particulièrement difficile mais elle parvient à réagir, passe son bac et fait du théâtre. Elle sera la première comédienne sourde à recevoir, en 1993, le Molière du théâtre pour son interprétation du rôle de Sarah dans « Les Enfants du silence ».
Ce très beau récit m’a permis d’entrer en contact avec un monde inconnu et de suivre pas à pas la vie, les progrès, les espoirs, les embûches et les chagrins de la jeune Emmanuelle Laborit. Le livre se lit d’une traite, avec passion, tant il est « fort » et porteur d’espoir.
Dans la vie, Emmanuelle Laborit est aussi la petite-fille du grand biologiste Henri Laborit (1914-1995) dont elle parle un peu dans son livre et dont les travaux sur le conditionnement sont à la base du film « Mon Oncle d’Amérique » d’Alain Resnais (1980). Depuis 2003, elle est à la tête de l’International Visual Theatre.
Emmanuelle LABORIT (avec la collaboration de Marie-Thérèse CUNY), Le Cri de la Mouette, Paris, Robert Laffont, 1994; Pocket 10033, 2007.
09 décembre 2008
Nathalie RHEIMS, Le Chemin des sortilèges (2008)
Dans une petite ville de province, des années après leur séparation, « elle » retrouve Roland. Roland fut l’amant de sa mère, Roland fut psychiatre. Il s’est retiré voilà dix ans… Dans la chambre qu’elle occupera tout au long de ce retour dans le passé, il dépose chaque jour, un nouveau conte de fée. Cendrillon, Blanche-Neige, le petit Poucet, le petit Chaperon rouge, la petite Sirène, tous ces contes, correspondent au chemin qu’elle doit parcourir pour se trouver, pour devenir adulte, au travail à accomplir pour se libérer des sortilèges du passé (une origine non reconnue, une mère et un frère morts, …).
Une construction impeccable, une très belle écriture, un récit mené tout en mystères dans lequel on se sent plonger entièrement constituent les points forts de ce récit introspectif.
Malheureusement, le sentiment de « tourner en rond » s’installe rapidement, l’immobilisme de l’analyse devient pesante et s’accompagne de l’envie de quitter au plus vite cet univers oppressant.
Heureusement, la fin, éclairée par la petite fille aux allumettes, me réconcilie avec ma lecture : « Non, il faut vivre encore. Vous n’avez pas terminé… » (p. 177). Et dénoue les interrogations qui avaient surgi tout au long du récit.
L’auteur :
Nathalie Rheims, fille de l’académicien Maurice Rheims, est née à Paris en 1959. Le Chemin des sortilèges, publié aux éditions Léo Scheer est son dixième roman.
Je remercie Suzanne de Chez-les-filles.com et les éditions Léo Scheer pour cette lecture.



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