07 janvier 2009
Ondine KHAYAT, Le Pays sans Adultes (2008)
Slimane a onze ans, un frère Maxence qui représente tout pour lui, une mère qui travaille comme femme de ménage dans un hôtel et un père qu’il a surnommé « le Démon » parce que, quand il est en colère, il cogne…
Maxence et Slimane sont deux de ces enfants à qui leur père a volé leur enfance. Maltraités physiquement et psychiquement, il parviennent longtemps à développer le don précieux de magnifier la vie et de la rendre plus belle. Mais à ce jeu, le Démon sera le plus fort… pour un temps !
J’ai vraiment pleuré avec Maxence et Slimane. Quand le démon a trouvé du travail dans son costume de dimanche, j’ai aussi espéré avec eux que tout pouvait encore s’arranger…
Mais, un jour, Maxence n’a plus supporté la violence du Démon et la soumission de sa mère. Il s’est envolé au Pays sans Adultes… Slimane a voulu le rejoindre… Il va devoir apprendre à avoir envie de vivre…
Il y a beaucoup de poésie sous la noirceur qui se dégage de ce roman… Quelle fraîcheur se dégage des paroles de ces deux enfants maltraités !
- Max, ça vient d'où, l'amour?
- Normalement, c'est fourni à la naissance.
- Tu veux dire, comme une graine qu'on a plantée ?
- En quelque sorte.
- Et l'amour, ça va où?
- Ça allume des étoiles dans le ciel.
- Est-ce que si quelqu'un mangeait des étoiles, ça lui mettrait de l'amour dans le cœur?
- Peut-être.
- Il faudrait qu'on en donne au Démon, alors.
- Lui, pour que ça marche, il faudrait dévaliser le ciel et lui donner à manger toutes les étoiles de la galaxie.
- L'ennui, c'est qu'il y en aurait plus pour les autres, après. (p. 105)
La tristesse qui se dégage de se livre m’a fait verser de vraies larmes, la lente remontée de Slimane après sa tentative de suicide m’a touchée. Mais ce roman ne sonne pas tout à fait juste. Car on voudrait que toutes les histoires de maman et d’enfants battus se terminent comme celle-ci ! On voudrait qu’à Paris il y ait de gentilles dames qui s’inquiètent d’un enfant seul ! On voudrait que les « bons » soient récompensés de leur bonté et que les « méchants » sont châtiés ou, comme ici, soignés et pris en charge ! On voudrait que tous les enfants atteints d’un cancer s’en sortent ! Je crains que cela ne se passe pas toujours ainsi dans la vraie vie !
Malgré le côté mièvre, le lecteur est satisfait en refermant son livre : il a passé un agréable moment et est rassuré sur l’avenir de Slimane !
Je remercie vivement les Editions Anne Carrière et Chez les filles de m’avoir permis de lire ce livre. 
L’auteur : Ondine Khayat est née en 1974, d’une mère française et d’un père libanais et arménien. « Le Pays sans Adultes » est son deuxième roman.
Ondine KHAYAT, Le Pays sans Adultes, Paris, Editions Anne Carrière, 2008, 335 p.
02 janvier 2009
Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos (2008)
Quel bonheur d’avoir pu découvrir ce premier roman de la Québecoise Julie Gravel-Richard. Ce fut une merveilleuse rencontre qui a failli ne pas se produire ! Voici comment…
L’année dernière, en congé pour plusieurs mois, je surfais beaucoup et visitais de nombreux blogs lorsque le hasard m’a permis de lire les billets de « Soleil en tête », puis, au fil des jours, de dévier sur « Soleil d’encrier », le second blog de l’auteur. Habitée par la même passion du livre et des langues anciennes que Julie Gravel-Richard qui est professeur de civilisations anciennes au cégep, j’ai continué à suivre, avec intérêt, la genèse, la conclusion du contrat, le choix du titre, le travail de correction de son livre.
Puis vint août, la parution d’ « Enthéos » et le moment – enfin !- de pouvoir se procurer l’ouvrage. Impossible ! Les éditions du Septentrion ne livrent pas en Belgique. Mais c’était sans compter sur la gentillesse de ma fille et de Simon que je remercie encore de tout cœur, d’avoir fait en sorte que ce livre se trouve entre mes mains !
Sous un titre déjà évocateur pour celui qui connaît le grec, « Enthéos » (théo- représente l’idée de divinité), c’est-à-dire habité par le divin, enthousiasmé, il y a un récit sensible, intelligent et érudit.
L’histoire se passe au Québec. Un jeune et brillant étudiant, Thomas, un peu misanthrope, cherche sa voie. Suite à un drame personnel (la mort de son frère), il a perdu la foi, abandonne ses recherches en théologie pour le grec ancien. Mais cette nouvelle orientation, il la suit sans enthousiasme, pressé de se jeter dans les textes grecs et dans les études pour mieux fuir. Il est poursuivi toutes les nuits par des cauchemars où apparaît la Grande Courtisane, personnification de la Femme, sous les traits d’Elsa Fontaine, son professeur de grec.
C’est grâce à son directeur Normand Lamarche mais surtout à la lumineuse figure d’Elsa Fontaine, son professeur de grec, spécialiste d’Euripide (passion contre raison) que Thomas va retrouver un sens à sa vie et renaître.
Il ne faut pas en dire plus car Julie Gravel-Richard mène son récit sur le rythme de l’intrigue et les éléments sont dévoilés au fur et à mesure… Il est très probable que vous serez surpris !
Tout au long de ce roman, on suit bien entendu les vies de Thomas et Elsa Fontaine mais aussi leur recherche du bonheur, du moins d’un certain équilibre, ainsi que leur réflexion sur la mort. La mort est omniprésente dans ce roman, mort par suicide, mort par maladie ; ce thème ouvre tout naturellement sur un autre thème, celui du sens de la vie…
La religion, la mort, la vie, la passion, la raison,… Tous ces grands concepts qui mènent nos existences sont donc abordés. Le style est saccadé, haletant ; ces courtes phrases m’ont troublées mais épousent bien la pensée rapide et sensible des héros. Une écriture étonnante et légère pour un roman profond, une syntaxe impeccable et un vocabulaire choisi et précis.
Nous sommes tous un jour des « Thomas »…
Et ce livre m’a donné aussi l’envie de relire le fabuleux livre d’André Gide, « Les Nourritures terrestres ».
L’extrait
« Il lui a fallu quelques heures de relecture pour trouver, enfin, la phrase de Gide qui résume le mieux son état d'esprit du moment. « Si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.» Voilà comment il voudrait résumer sa vie. Un jour. L'orientation qu'il souhaite pour lui-même. Même si cela se fait dans la souffrance. Car brûler implique une souffrance. Et une perte aussi.
Ils sont tous silencieux. Méditant les mots de Thomas. Un peu gris, aussi. Chacun regardant le fond de son verre. Hésitant, maintenant, à briser ce silence impromptu.»
http://www.septentrion.qc.ca/septentrion/2008/07/julie_gravelrichard_presente_e.php
Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos, Sillery, Editions du Septentrion (coll. Hamac), 2008, 260 p.

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