En_toute_impunit_Jacqueline Harpman est l’un de mes écrivains préférés. Au cours de mes différentes lectures, j’ai pu mettre en évidence des éléments récurrents dans son œuvre : l’amour pour le XIXe siècle, l’intérêt pour l’architecture, pour le développement psychologique des personnages, et pour Bruxelles. « En toute impunité » reprend plusieurs des préoccupations de l’auteur.

Il aurait pu aussi avoir pour titre « Le bonheur dans le crime », un précédent roman de Jacqueline Harpman (1993). Ce titre était alors inspiré, comme ici, par la nouvelle de Jules Barbey d’Aurevilly, tirée des Diaboliques dont Jacqueline Harpman est une fervente admiratrice et qui illustre que le crime peut contribuer au bonheur...

Ce précédent roman de Jacqueline Harpman ainsi que la nouvelle de Barbey d’Aurevilly sont d’ailleurs constamment présents et cités dans ce nouveau roman comme de fréquents clins d’yeux au lecteur fidèle ou à l’amoureux du XIXè siècle.

« Le bonheur dans le crime » n’était autre que la mise en vie d’une demeure située dans le Bois de la Cambre et réinventée d’après les plans de Pierre Puttemans tandis que dans « En toute impunité », la rencontre de notre architecte-narrateur et des Dames de a Diguière a lieu par hasard dans un lieu qui n’est pas cité (et qui est laissé à l’imagination du lecteur) suite à une panne de voiture au beau milieu de la nuit.

C’est ainsi que le narrateur va trouver refuge dans un domaine du XVIIIe siècle, proche de la route. Séduit par la beauté de la demeure et par la personnalité de ses propriétaires, il y reste quelques jours et se trouve mêlé à leur intimité. Ce qu’il va y découvrir va le troubler, le surprendre, l’épouvanter...

Le choix du titre « En toute impunité » se place du point de vue des adorables ( ?) propriétaires désargentées qui tentent de sauver leur domaine. J’avais personnellement en tête au cours de ma lecture les mots « En toute lucidité » qui expriment le point de vue de leur sauveur, Louis Fontanin, animé de tant de « bonnes intentions ».

Comme toujours chez Jacqueline Harpman, rien dans la psychologie des personnages n’est laissé au hasard et j’ai personnellement été profondément touchée par l’analyse de toutes ces bonnes intentions...

Dans ce temps délicieux, quand on raconte une histoire vraie, c’est à croire que le Diable a dicté... (J. Barbey d’Aurevilly)

Jacqueline HARPMAN, En toute impunité, Paris, 2005 (Le livre de poche 30646)