28 juin 2009
W. D. WETHERELL, Un siècle de novembre (2004)
De jeunes recrues buvaient de la bière pour célébrer le miracle : contre toute attente, leur vie ne s’arrêterait pas à dix-huit ans.
C’est à l’automne 1918 que se termine la grande guerre, celle que l’on a appelée aussi la « guerre des tranchées » et qui causa des milliers de morts.
Alors qu’il vient à peine de perdre sa femme emportée par la grippe espagnole, Charles Maerden, un magistrat de Vancouver, reçoit une lettre officielle lui annonçant la disparition de son fils le caporal William C. Maerden au cours d’un assaut en Flandre. Il entreprend alors un périple de Vancouver à Halifax, puis la traversée de l’Atlantique jusqu’à Southampton et ensuite de Londres à Calais, puis, sur le continent, vers Amiens, Poperinge et enfin Ypres pour trouver l’endroit où son fils le caporal William C. Maerden, du régiment d’infanterie légère canadien de la Princesse Alexandra, est tombé. Il comprend rapidement qu’il n’est pas seul et qu’une jeune femme Elaine le précède sur les routes de la Somme et de la Flandre dévastées...
J’avais accepté la lecture et la critique de ce livre sans grand enthousiasme. La guerre ne me tentait pas. Je craignais le « pathos » dans lequel pouvait tomber un écrivain qui suit un père sur les pas des derniers instants de son fils.
Ce fut finalement une bien belle découverte : un récit dense, juste, toujours émouvant et souvent poignant, bien construit, des phrases chocs que l’on a envie de recopier pour mieux s’en souvenir, l’émotion, les très longues et très belles descriptions des paysages ravagés, les pèlerins qui convergent vers les premiers cimetières et la quête d’un père sur les traces de son fils mort-disparu.
C’est un livre fort ! C’est un livre porteur d’espoir malgré tout !
Je l’ai refermé bouleversée...
W.D. WETHERELL, Un siècle de novembre, Paris, Le livre de poche 31158, 2008.
D’autres critiques :
http://fabulabovarya.canalblog.com/archives/2009/06/22/14175546.html
http://aproposdelivres.canalblog.com/archives/2009/06/02/13927484.html
L’auteur : Walter D. Wetherell, né en 1948, est l’auteur de plusieurs romans : "Morning", "Chekhov’s Sister"et de nouvelles. "A Century of November" a été publié en 2004 aux Etats-Unis. Il a été unanimement salué par la critique et a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du Michigan.
Je remercie vivement BOB et Le Livre de Poche pour cette lecture.
27 juin 2009
Henry BAUCHAU, La lumière Antigone (2009)
J’avais déjà lorgné sur ce petit livre et voilà qu’il m’est offert par Majanissa dans le cadre du swapomythes. Majanissa avait remarqué ma passion pour Henry Bauchau, écrivain belge, né à Malines en 1913 qui s’est plongé dans une relecture des mythes en y mêlant psychanalyse et connaissances historiques et mythologiques (« Œdipe sur la route », « Diotime et les lions », « Antigone »).
« La lumière Antigone » est un long poème composé par Henry Bauchau pour l’opéra de Pierre Bartholomée représenté à Bruxelles au théâtre de la Monnaie en avril 2008.
Je vous laisse vous imprégner (p. 23)...
Œdipe en s’aveuglant
Est devenu aède, est devenu voyant
Ses fils se sont entretués
Antigone en assurant
Les funérailles du vaincu
Que devaient dévorer les bêtes
Ne s’est pas inclinée
Devant la loi des mâles
Ensevelie vivante, emmurée
Elle demeure victorieuse
Son image et sa parole
Ont traversé les millénaires
Henry BAUCHAU, La lumière Antigone, Arles, Actes sud, 2009.
07 juin 2009
Hermann HESSE, Demian (1919)
Vais-je oser dire que je n’ai pas trop aimé « Demian », œuvre d’Herman Hesse, prix Nobel de Littérature en 1946 ? L’admiratrice de « Siddhartha », de « Peter Camenzind » et surtout de « Narcisse et Goldmund » que je suis n’a pas hésité un instant quand elle a vu ce petit roman à la devanture d’une librairie mais n’est pas totalement séduite...
C’est l’homme à la poursuite de lui-même qui est le thème de ce roman, l’homme qui doit trouver lui-même, au terme d’un long parcours initiatique, ce pour quoi il est fait dans la vie.
Deux mondes
Emile Sinclair est un jeune homme de bonne famille. Il a dix ans. Il vit dans le monde tendre, rassurant, clair et juste de la maison paternelle mais il pressent qu’il existe un « autre monde » complètement différent. Il vit dans cet autre monde l’expérience de la méchanceté (racket) et devient, par la suite, extrêmement froid, renfermé et ne prend plus part à la paisible existence familiale.
Caïn
Arrive au gymnase un jeune homme orphelin de père nommé Max Demian. Ce beau jeune homme charismatique délivre Sinclair de son tourmenteur. Sinclair retrouve la sécurité de l’enfant choyé, dépendant de ses parents.
Le larron
Sinclair grandissant prend conscience que le monde sombre, l’autre monde manifeste de nouveau sa présence. Des brèches apparaissent dans sa foi religieuse. Demian est toujours ce camarade de classe charismatique et fascinant. Leurs discussions portent sur la religion, la métaphysique avec un long passage consacré notamment au Golgotha, récit biblique des souffrances et de la mort de Jésus.
Béatrice
Les deux amis Demain et Sinclair sont séparés par les vacances. Puis Sinclair est placé en pension. Il découvre la boisson et l’ivresse ; sa vie s’écoule en orgies destructrices. Il se montre empli de cynisme mais au fond de lui-même s’agite une âme angoissée et désolée. Il rencontre une élégante jeune femme qui occupe un moment ses pensées mais doit bien constater que quand il cherche à reproduire ses traits par le dessin, c’est l’image de Demian qui apparaît...
L’oiseau cherche à se dégager de l’œuf
« L’oiseau cherche à se dégager de l’œuf. L’œuf est le monde. Celui qui veut naître doit détruire un monde. L’oiseau prend son vol vers Dieu. Ce dieu se nomme Abraxas. » C’est la réponse de Demian à Sinclair à la réception d’un dessin d’oiseau de proie au bec acéré, émergeant d’une sphère terrestre qu’il lui a fait parvenir. Demian fait la connaissance du musicien Pistorius qui lui apprend ce qu’il sait d’Abraxas.
Le combat de Jacob
Sinclair fait un grand pas sur le chemin de lui-même. Pistorius et lui se retrouvent à l’église où Pistorius est organiste. Les paroles de l’organiste touchent Sinclair car elles sont en harmonie avec ce que Demian lui disait jadis. Il rencontre un camarade Knauer, ardent défenseur de la chasteté dans la spiritualité, qu’il sauve du suicide et qui disparaît di chemin de Sinclair sans que ce dernier l’aie regretté. Ses relations avec Pistorius changent également et Sinclair n’a plus de guide.
Eve
Au cours des vacances suivantes, Sinclair cherche à revoir son ami. Alors qu’il mène son enquête pour retrouver Demian et sa mère qui ont déménagé, une de leurs anciennes voisines montre à Emile Sinclair la photographie d’Eve, la mère de Demian en qui Sinclair reconnaît le visage de ses rêves. Mais voilà que le hasard d’une rencontre remet les deux amis sur la route l’un de l’autre, que Demian reconnaît son ami perdu de vue car il est porteur du signe et que Sinclair rencontre Eve.
Mon amour pour Eve remplissait toute ma vie présente. Mais, à chaque jour, il prenait une forme différente. Parfois, je croyais sentir très nettement que ce n’était pas par sa personne que j’étais attiré, mais qu’elle n’était qu’un symbole de mon être intérieur et qu’elle ne voulait que me guider jusqu’aux profondeurs les plus secrètes de moi-même. Souvent, ses paroles me semblaient être des réponses de mon inconscient à des questions brûlantes qui me tourmentaient. Et puis, il était des moments où, à ses côtés, j’embrassais les objets qu’elle avait touchés. Et, peu à peu, l’amour sensuel et l’amour idéal, la réalité et le symbole se fondirent. Alors il m’arrivait, lorsque j’étais dans ma chambre et pensais à elle, avec une tendresse paisible, de croire sentir avec certitude sa main dans la mienne et ses lèvres sur les miennes. Ou bien, j’étais à ses côtés, je la regardais, je lui parlais, j’entendais sa voix et ne savais plus si elle était réelle ou bien si elle n’était qu’un rêve. Je commençai à pressentir qu’il est des amours qui sont durables, immortelles. Lorsque je lisais un livre qui m’avait enrichi, j’avais la même impression que si Eve m’eut donné un baiser et, quand elle caressait mes cheveux et me souriait, et que la chaleur et le parfum de sa présence me pénétraient, j’éprouvais le sentiment d’avoir accompli un progrès intérieur. Tout ce qui était important pour moi, tout ce que je sentais comme appartenant à ma destinée pouvait prendre sa forme. Elle pouvait se transformer en chacune de mes pensées et chacune de mes pensées, prendre ses traits. (p. 250-251)
Le commencement de la fin
Sinclair passe l’été chez Demian et sa mère. Eve et lui sont souvent seuls. Il est profondément heureux mais parfois, au milieu de ce bonheur, l’envahit un sentiment de tristesse profonde en pensant que ce bonheur ne peut pas durer.
La première guerre mondiale éclate bientôt. Demian rejoint le front, suivi quelques mois plus tard de Sinclair. Malgré les sensations nouvelles qu’il vit, tout le déçoit. Blessé, il lui semble que Sinclair est à ses côtés mais au matin il se réveille auprès d’un inconnu. Quand il descend au fond de lui-même, Sinclair ne voit que l’image de son ami et de son guide...
Nous sommes encore bien loin des chefs d’œuvre d’Hermann Hesse évoqués plus haut. Mais ce roman reste intéressant pour les thèmes de l’initiation et de la réalisation de soi qu’il développe et pour l’étude de l’œuvre du grand écrivain.
J’ai pu lire que « Demian » est un roman de formation et l’un des chefs d’œuvre de ce genre littéraire. Si les premières pages m’ont enthousiasmée, c’est cependant avec quelque lassitude, agacée par les redites et les longueurs, que j’ai continué ma lecture avant que les derniers chapitres ne donnent au roman un nouveau souffle.
Hermann HESSE, Demian, Paris, Stock, 2008, 277 p.

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