Le Conflit

Il y a trente ans, dans un livre qui fit à l’époque (1980) parler de lui, L’Amour en plus. Histoire de l’amour maternel (XVIIIe-XXe siècle), Elisabeth Badinter s’interrogeait sur l’instinct maternel. Son étude était à la fois historique et sociale.

Dans son dernier ouvrage, paru en 2010, Le Conflit, la femme et la mère, elle tente de mesurer l’évolution qui s’est faite, de manière toute silencieuse, ces dernières années. Avant les années septante, l’enfant était la conséquence naturelle du mariage ; cependant aujourd’hui l’ambivalence maternelle apparait plus clairement et le désir d’enfant n’est ni constant ni universel. Les femmes osent parler et clamer l’ennui qu’elles peuvent ressentir dans leur maternité car il implique un choix de vie et un changement radical des priorités. Et, ce qui me semble certain, c’est que la maternité aggrave l’inégalité au sein d’un couple. L’idéologie féministe, la contraception ont changé la donne et on voit de plus en plus des femmes de la trentaine se sentir pressées par l’horloge biologique, la peur de se fermer la possibilité d’être mère et considérer que l’enfant peut être un enrichissement à une vie professionnelle dont elles ont déjà fait le tour.

Dans la deuxième partie, Elisabeth Badinter met le doigt sur ce qu’elle appelle « les vents contraires », c'est-à-dire l’ensemble des pressions qui s’exercent sur les femmes pour se conformer au modèle de la « bonne mère ». C’est une guerre souterraine que se livrent les naturalistes et les culturalistes et tous ceux qui veulent le « bien » de l’enfant. Nous assistons à un véritable retour à la nature et la bonne mère doit être écologique : la tendance actuelle va donc à l’allaitement maternel et à la demande, et la science redécouvre la théorie de l’instinct maternel, culpabilisant ainsi les femmes obligées de retourner travailler après l’accouchement. A l’époque de Rousseau, au XVIIIe siècle, les médecins tentaient de convaincre les mères de s’occuper de leurs enfants pour limiter la mortalité infantile, aujourd’hui, c’est la santé physique et psychique de l’enfant, déterminante pour leur bien-être d’adulte et l’harmonie sociale qui est avancée.  Sous le prétexte que la femme devient mère, elle doit tout à son enfant ! L’imperium du bébé peut aussi menacer le couple…

Dans la troisième et dernière partie, l’auteur évoque la diversité des aspirations féminines et la recherche d’une nouvelle féminité. Elle évoque le cas des Françaises.

Le sujet me passionne depuis toujours. Car moi aussi, j’ai ressenti cette ambivalence dans le fait d’être mère. Même si je ne suis pas toujours en harmonie avec les positions très radicales d’Elisabeth Badinter, j’ai le sentiment qu’elle tend à ma vérité. Ce livre intelligent a le mérite de faire le point sur la question et de susciter la réflexion !

 

 

 

 

Elisabeth BADINTER, Le Conflit. La femme et la mère, Paris, Flammarion, 2010  (paru en 2011 dans « Le Livre de Poche », n° 32062)