02 janvier 2009
Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos (2008)
Quel bonheur d’avoir pu découvrir ce premier roman de la Québecoise Julie Gravel-Richard. Ce fut une merveilleuse rencontre qui a failli ne pas se produire ! Voici comment…
L’année dernière, en congé pour plusieurs mois, je surfais beaucoup et visitais de nombreux blogs lorsque le hasard m’a permis de lire les billets de « Soleil en tête », puis, au fil des jours, de dévier sur « Soleil d’encrier », le second blog de l’auteur. Habitée par la même passion du livre et des langues anciennes que Julie Gravel-Richard qui est professeur de civilisations anciennes au cégep, j’ai continué à suivre, avec intérêt, la genèse, la conclusion du contrat, le choix du titre, le travail de correction de son livre.
Puis vint août, la parution d’ « Enthéos » et le moment – enfin !- de pouvoir se procurer l’ouvrage. Impossible ! Les éditions du Septentrion ne livrent pas en Belgique. Mais c’était sans compter sur la gentillesse de ma fille et de Simon que je remercie encore de tout cœur, d’avoir fait en sorte que ce livre se trouve entre mes mains !
Sous un titre déjà évocateur pour celui qui connaît le grec, « Enthéos » (théo- représente l’idée de divinité), c’est-à-dire habité par le divin, enthousiasmé, il y a un récit sensible, intelligent et érudit.
L’histoire se passe au Québec. Un jeune et brillant étudiant, Thomas, un peu misanthrope, cherche sa voie. Suite à un drame personnel (la mort de son frère), il a perdu la foi, abandonne ses recherches en théologie pour le grec ancien. Mais cette nouvelle orientation, il la suit sans enthousiasme, pressé de se jeter dans les textes grecs et dans les études pour mieux fuir. Il est poursuivi toutes les nuits par des cauchemars où apparaît la Grande Courtisane, personnification de la Femme, sous les traits d’Elsa Fontaine, son professeur de grec.
C’est grâce à son directeur Normand Lamarche mais surtout à la lumineuse figure d’Elsa Fontaine, son professeur de grec, spécialiste d’Euripide (passion contre raison) que Thomas va retrouver un sens à sa vie et renaître.
Il ne faut pas en dire plus car Julie Gravel-Richard mène son récit sur le rythme de l’intrigue et les éléments sont dévoilés au fur et à mesure… Il est très probable que vous serez surpris !
Tout au long de ce roman, on suit bien entendu les vies de Thomas et Elsa Fontaine mais aussi leur recherche du bonheur, du moins d’un certain équilibre, ainsi que leur réflexion sur la mort. La mort est omniprésente dans ce roman, mort par suicide, mort par maladie ; ce thème ouvre tout naturellement sur un autre thème, celui du sens de la vie…
La religion, la mort, la vie, la passion, la raison,… Tous ces grands concepts qui mènent nos existences sont donc abordés. Le style est saccadé, haletant ; ces courtes phrases m’ont troublées mais épousent bien la pensée rapide et sensible des héros. Une écriture étonnante et légère pour un roman profond, une syntaxe impeccable et un vocabulaire choisi et précis.
Nous sommes tous un jour des « Thomas »…
Et ce livre m’a donné aussi l’envie de relire le fabuleux livre d’André Gide, « Les Nourritures terrestres ».
L’extrait
« Il lui a fallu quelques heures de relecture pour trouver, enfin, la phrase de Gide qui résume le mieux son état d'esprit du moment. « Si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.» Voilà comment il voudrait résumer sa vie. Un jour. L'orientation qu'il souhaite pour lui-même. Même si cela se fait dans la souffrance. Car brûler implique une souffrance. Et une perte aussi.
Ils sont tous silencieux. Méditant les mots de Thomas. Un peu gris, aussi. Chacun regardant le fond de son verre. Hésitant, maintenant, à briser ce silence impromptu.»
http://www.septentrion.qc.ca/septentrion/2008/07/julie_gravelrichard_presente_e.php
Julie GRAVEL-RICHARD, Enthéos, Sillery, Editions du Septentrion (coll. Hamac), 2008, 260 p.
30 octobre 2008
Rawi HAGE, De Niro's Game (2008)
Les bombes pleuvaient et moi j’attendais Georges.
Mon regard aurait glissé sur ce livre si Violaine de « Chez les Filles » ne me l’avait proposé en lecture. Je lui adresse tous mes remerciements. Pourquoi donc n’aurais-je pas prêté attention à ce roman ? C’est qu’il évoque le Liban et la guerre, thèmes vers lesquels je ne me serais pas spontanément dirigée… Et pourtant, quel roman !
J’ai mis quelques chapitres à comprendre le titre. « De Niro’s Game » fait allusion à la scène du film « Voyage au bout de l’Enfer » dans laquelle Robert De Niro joue à la « roulette russe » avec un révolver…
Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire comment Bassam et Georges, deux amis d’enfance, vont, dans Beyrouth bombardée, vivoter de petits boulots et de menus larcins, imaginer de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille dans l’espoir d’un avenir meilleur. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire, dans un style très sec, rythmé et martelé comme les bombes qui tombent sur le Liban, les descriptions de Rawi Hage, si fortes et si réalistes qu’on s’y croit !
Les rencontres, la peur, les résignations, les bombes, la drogue, les filles, les colères, les immeubles en ruine, les morts, … tout y est !
Bassam rêve de partir à l’étranger. Georges, de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne, finira par trahir son ami. Bassam, enfin à Paris, rencontre la belle-mère et la demi-sœur de Georges, il sera rattrapé par l’histoire de son pays. Mais il ne faut pas en dire plus, il ne faut pas dévoiler l’innommable. C’est un roman dur, un roman terrible, un roman inoubliable!
L’auteur :
Rawi Hage, né à Beyrouth-Est en 1964, a survécu à neuf ans de guerre civile. Il a immigré au Canada en 1992. Il pratique avec succès l’écriture et les arts visuels. Son premier roman « Parfum de poussière » a obtenu de nombreuses récompenses.
Rawi HAGE, De Niro’s Game, traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot, Paris, Denoël & D’ailleurs, 2008.
Lire aussi :
http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/10/23/de-niro-s-game-de-rawi-hage_1110114_3260.html


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